Conclusion :
un génocide presque parfait mais totalement évitable.

Les chiffres des massacres donnent la mesure du degré d'accomplissement de la décision génocidaire. Toutes les études démontrent l'existence d'une véritable "solution finale" décentralisée, région par région, sous la hiérarchie des préfets, sous-préfets et bourgmestres. Toute résistance est inutile.
"Un jour, les interahamwe ont déniché maman sous les papyrus". Elle s'est levée, poursuit Jeannette, elle leur a proposé de l'argent pour être tuée d'un seul coup de machette. Ils l'ont déshabillée pour prendre l'argent noué à son pagne. Ils lui ont coupé d'abord les deux bras et ensuite les deux jambes. Maman murmurait: "Sainte Cécile, Sainte Cécile " mais elle ne suppliait pas. Elle est restée " gisante " trois jours avant de mourir, sous le regard de ses enfants. Deux ans plus tard, la soeur de Jeannette a reconnu un des assassins de sa mère: "c'était le fils aîné de notre pasteur. Un garçon long et bien instruit, pourtant" (1).
Rares sont les rescapés, telle Yolande Mukagasana qui, dans un récit hallucinant, digne des survivants de la Shoah, retrace son itinéraire de survie. Tandis que toute sa famille a été exterminée, son existence devient celle de gibier traqué, tantôt dans la brousse, tantôt dans des placards, usant et abusant de l'hospitalité arrachée à des gens simples, voire à des militaires, grâce aux connaissances qu'avait conservé à Kigali cette infirmière responsable d'un petit dispensaire à Nyamirambo (2) . Dans cette "guerre", la règle est la mort, même si des dizaines de milliers de femmes ont été violées avant d'être assassinées.

Le silence des nations.
S'il y a pire que le génocide en tant que tel, c'est de savoir qu'il n'aurait pas dû avoir lieu. Pour citer un expert, "on ne peut imaginer de génocide plus facile à éviter (3). " Les chefs du complot semblaient peut-être impressionnants localement, mais ils étaient peu nombreux (4).
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