En fait, on a donné les nouvelles armes aux soldats et les plus anciennes ont été distribuées aux agents communaux et à des civils. À la même date, 20 000 grenades à main ont été achetées par le Rwanda.
En mars 1994, un homme d'affaires proche des milices Interahamwe importe 50.000 machettes de chez Chillington, une vieille entreprise anglaise implantée au Kenya. Concernant cet achat, M. Prunier précise :
" Il n'avait absolument aucun usage de ces machettes. Il pouvait simplement les distribuer à ses miliciens. (…) Vous me demandez s'il ne s'agissait pas d'un simple achat de matériel agricole. La réponse est non. Tout d'abord, l'acheteur n'était pas un agriculteur et, ensuite, la quantité était trop importante. Un marchand aurait pu effectuer un achat raisonnable de 500 ou 1 000 machettes, mais il aurait tout de même mis un certain temps à les revendre. Le nombre de 50 000 est complètement fou. Même en dix ans, ces machettes n'auraient pu être vendues (4)".
Des chercheurs établiront plus tard qu'une partie de l'aide directe à la balance des paiements, ont été utilisés pour des achats d'armes et de machettes, notamment en Chine (5).

Joël Kotek


Cet article a paru dans le n° 267 de la revue "Histoire", juillet 2002.

Joël Kotek est chargé de cours à l'Université Libre de Bruxelles et Secrétaire général du Centre européen d'études sur le racisme. Il est l'auteur, entre autres, de "Le Siècle des camps", avec Pierre Rigoulot
(Lattès, 2000)
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