Il y avait là un certain nombre de Tutsi mais aussi beaucoup de Hutu de l'opposition. (…) M. Landucas Ndasingwa était le secrétaire général du président du parti libéral et avait une femme canadienne blanche qui a aussi été tuée, ainsi que leurs enfants. Ils étaient sur la liste d'urgence parce que si on arrêtait les auteurs des tueries le troisième jour, il fallait au moins que ceux-là soient morts (3)."

Former des tueurs : les milices InterahamweTout génocide nécessite un corps de tueurs spécialisés. C'est ainsi qu'au début 1992, le MRND, le parti d'Habyarimana créé les milices Interahamwe (" ceux qui combattent ensemble") et le CDR, son proche allié, les Impuzamugambdu ("ceux qui ont un but commun"). On recrute parmi les jeunes sans travail et avenir, supporters de football et autres hooligans des collines. Ceux-ci seront dans un premier temps, armés sur les réserves de l'armée nationale, et entraînés aux combats par des réservistes des FAR, Forces Armées Rwandaises et jusqu'à leur départ fin 1993, par des officiers français du DAMI,
détachement d'assistance militaire, présent au Rwanda depuis l'Opération Noroît d'octobre 1990. La motivation de commettre des massacres programmés et systématiques ne fait aucun doute : exterminer l'ethnie Tutsi. Quand, en quelque lieu, les assassins pressentis ne se montrent pas assez zélés, des interahamwe et des soldats sont acheminés sur place par les réseaux du Hutu-power. Comment ne pas songer aux tueurs de l'Organisation spéciale ottomane (1915) et aux einsatzgruppen nazis (1941-1942).

Les armer : achats massifs de machettes

Lors du génocide, on a beaucoup parlé d'assassinats perpétrés avec des machettes. Non sans raison, mais les armes à feu ont également joué un rôle important. Elles ont été très utiles pour faire peur et essentielles pour briser les résistances. En 1992 et 1993, des armes ont été distribuées à des civils. En octobre 1992, le gouvernement rwandais a acheté 20 000 fusils. Or, l'armée rwandaise était alors composée de 30 000 hommes.
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