Dans son appel, cet idéologue de la solution finale exhorte son auditoire, afin que tous les Tutsi Inyenzi (cafard) soient massacrés sans autre forme de procès et renvoyés en Ethiopie "par voyage express via la rivière Nyabarongo".
"... Je disais dernièrement à un membre du PL (un Tutsi du nouveau parti libéral. ndlr), que la faute que nous avions faite en 1959 -c'est que j'étais enfant-, c'est que nous vous avons laissés sortir sains et saufs. Et puis je lui ai demandé s'il n'a pas entendu la récente histoire des Falashas qui sont rentrés chez eux en Israël partant d'Ethiopie. Il me répondit qu'il n'en savait rien. Et moi de repartir:"Tu dois être sourd et illettré, moi je t'apprends que votre pays, c'est l'Ethiopie, et que nous allons vous expédier sous peu chez vous via le Nyabarongo en voyage express". Voilà. Je vous répète donc que nous devons vite nous mettre à l'ouvrage."
Comme dans le cas des Nazis, le projet génocidaire était masqué par un vocabulaire spécifique.
Pour l'extermination, on évoque l'umuganda, terme désignant les travaux agricoles collectifs, comme le défrichage, le désherbage ; exterminer les enfants revient à "arracher les herbes jusqu'à la racine".

Désigner les victimes : les listes de la mort

Gérard Prunier a expliqué très clairement le phénomène de la constitution de listes de personnes à tuer : " Le problème des listes était une question d'urgence parce que {les génocidaires} (…) craignaient d'être interrompus dans leur tâche. Il y avait des ordres de priorité et les listes étaient très courtes. J'estime le génocide à 800 000 morts, avec une marge d'erreur très importante de l'ordre de 10 à 15 %. Il n'y avait pas 800 000 personnes sur des listes. Tout le monde n'avait pas le même ordre de priorité dans la mort. Certaines personnes devaient mourir tout de suite et à tout prix. Les personnes qui ont été tuées les 7, 8, 9, 10 et 11 avril devaient mourir parce qu'elles étaient importantes.
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