Deux outils, l'un moderne, l'autre très archaïque, symbolisent mieux que d'autres ce génocide d'un genre très particulier: la radio et la machette. Le premier sera mis à profit pour donner et recevoir les ordres d'un coin à l'autre du pays, le second pour les exécuter (1) . Si les armes utilisées pour tuer semblent bien primitives - du bâton armé de clous de charpente à la houe, en passant par l'emblématique machette-, si les méthodes d'extermination semblent également d'un autre âge - la plupart du temps la mort fut donnée sur place et non dans des lieux spécialisés-, si le réseau de complicités est d'une effarante densité (on estime que 200.000 à 250.000 hommes, femmes et même enfants ont abattu de leurs propres mains des Tutsi et des Hutu de l'opposition), le crime ne tient en rien de l'improvisation. Méthodes d'exterminations "primitives", certes, mais crime moderne, organisé, méthodique. On ne tue pas 10.000 personnes par jour sans une préparation ni une programmation très minutieuses.
(1) Jean-Pierre Chrétien, Jean-Pierre. 1997. Rwanda : Les médias du génocide. Karthala, Paris, 1995.
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