C'est que, l'on me dira, les ouvriers morts hier n'étaient
pas vraiment des ouvriers morts de chez Arcelor. Les gens occupés
à réparer les conduites de gaz, à Cockerill,
étaient des intérimaires. De restructurations en licenciements,
les usines n'ont plus assez de personnel pour effectuer elles-mêmes
les travaux d'entretien et de maintenance de l'outil. La sous-traitance
est devenue une manière, parmi d'autres, de réduire
les frais. On voit qu'ici, cependant, le mot d'intérimaire
est bien mal porté. Un intérimaire, c'est, d'ordinaire,
celui qui remplace un titulaire, qui pallie une absence momentanée.
Dans le mot "intérimaire" existe l'idée
du temporaire, de l'éphémère ou du ponctuel.
L'intérimaire, à Cockerill, se substitue, lui, littéralement.
L'intérimaire est un sous-traité. Il travaille sur
des machines dont il ne connaît pas l'artisanat. Il n'a pas
la mémoire de la vanne ou du boulon. Il n'a pas l'histoire
de l'usine. Il est en dehors du quotidien et n'a comme ressort que
l'exception. Cela finit par tuer. On sous-traite sans doute, on
maltraite surtout. Quelle importance, les cimetières et les
agences pour l'emploi sont pleins des gens remplaçables.
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