2) L'intention et/ou décision. L'intention (d'exterminer " un peuple de trop sur terre ") est essentielle en droit pour pouvoir qualifier une extermination de génocide. Le génocide, en effet, ne saurait être identifié à un massacre de grande, voire d'exceptionnelle ampleur. Ce qui importe ici ce n'est pas tant le nombre de victimes, ou la méthode utilisée pour accomplir le crime, que la volonté de ne laisser, à terme, aucun représentant du groupe cible en vie. Ici, la violence n'est pas le moyen d'un autre but. Le moyen et le but, au contraire, se superposent et se confondent. Dans le cadre d'un génocide aucune échappatoire possible, aucune conversion envisageable :

" En 1959 et en 1972, ils tuaient les hommes, mais pas souvent les femmes ni les enfants. En 1959, j'avais déjà fui. Ils brûlaient les maisons mais n'ont pas tué autant qu'il y a quatre ans [lors du génocide d'avril 1994]. Cette fois-ci, en 1994, c'était complètement différent. Ils tuaient même les enfants et les vieillards. Ils tuaient tous les Tutsi. J'ai eu de la chance : quand ils sont arrivés, on s'est d'abord réfugiés dans l'église.
Ils sont venus nous y chercher, alors nous nous sommes éparpillés dans la nature et perdus de vue les uns et les autres. (…). Dix-huit personnes de ma famille sont mortes ici... Mon mari et tous mes enfants, sauf la grande. Je ne sais pas où ils sont enterrés. (2)"

3) L'implication de l'Etat. Le génocide est un crime collectif planifié, commis par les détenteurs du pouvoir d'Etat, en leur nom ou avec leur consentement exprès ou tacite. De nombreux survivants du génocide de 1994, voire certains des artisans de ce génocide, ont décrit la manière dont les plus hautes autorités de l'Etat, parmi lesquelles les préfets et les bourgmestres, ont personnellement veillés à transformer leurs administrés en tueurs zélés, allant parfois les chercher chez eux quand ils se montraient trop réticents à leurs yeux. Ainsi, des employés de médecins sans frontières à Butare ont été contraints de tuer leurs collègues Tutsi.

(2) Témoignage de Languide, 87 ans in Jean-Louis Quéméner et Eric Bouvet, Femmes du Rwanda, Catleya Editions, Paris, 1999.
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