Les tueries éclatent au matin du 7 avril non seulement à Kigali mais encore à Gikongoro, à Kibungo, à Byumba, à Nyundo, du Nord au Sud du pays, de l'Est à l'Ouest, confirmant la thèse de la planification. Partout les massacres s'opèrent selon les mêmes procédures. Dans un premier temps, des responsables administratifs ordonnent à la population d'ériger des barrières pour intercepter les Tutsi qui tentent de fuir et d'organiser des patrouilles pour débusquer ceux qui seraient passé entre les mailles du filet. Dans un deuxième temps, une même tactique est mise en oeuvre, qui consiste à laisser les Tutsi se rendre vers les églises, dispensaires ou écoles pour mieux les prendre au piège ensuite. Ces lieux d'accueil présumés sont en réalité des souricières. Lesquelles se muent très vite en abattoirs. Les militaires y répandent des gaz lacrymogènes, y jettent des grenades à fragmentation afin d'intimider ceux qui y ont terrés. Ils investissent ensuite les lieux et les vident de leurs réfugiés, à la fois terrorisés et résignés. Des complices attendent aux sorties avec leurs machettes, leurs lances et leurs gourdins cloutés.
Des dizaines de milliers de personnes sont ainsi massacrées, instantanément, souvent sous le regard des autorités locales, des casques bleus et des soldats français.
L'extermination des Tutsi du Rwanda constitue, nous l'avons dit, un génocide. Le génocide est défini comme un acte criminel prémédité commis dans le but de détruire méthodiquement un "groupe national, ethnique, racial ou religieux". Les trois grandes conditions, définies dans l'article 2 de la Convention sur le génocide de 1948, et nécessaires à son identification, répondent ici à l'appel. Rappelons-les brièvement.

1) Le groupe cible. Le génocide vise la destruction d'un groupe cible visible, identifiable. Ici, les Tutsi. Aucun Tutsi ne peut échapper au massacre général, hommes ou femmes, vieillards ou enfants. Dans le chef des responsables hutu, il est hors de question de répéter l'erreur faite au moment des grandes tueries de 1959 et de laisser survivre et/ou fuir les plus jeunes. Comme dans la shoah, les enfants seront les premières cibles.

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