Elle est inutile, car les outils juridiques permettant de marquer pour les jeunes les limites à ne pas dépasser existent déjà. Elle est inefficace, car elle n'apporte aucune solution ni aucune piste d'action, et ne règle rien : pire, prétendant agir, en fait elle abandonne les jeunes les plus en difficulté. Elle est démagogique, car elle prétend apporter une réponse simpliste à un problème complexe, en désignant une ou des populations responsables et en les stigmatisant.. Enfin, elle est dangereuse car, redoublant violemment l'exclusion de ces jeunes, elle accentue leur précarisation et, les dispersant, les met hors de portée de l'assistance que leur apportent les associations et les travailleurs sociaux. De plus, confirmant leur sentiment d'être rejetés par la société, elle les enfonce dans la marginalisation.

Faut-il rappeler le beau titre de l'étude menée en 1998 par Fr. Chobeaux: " Accueillir l'errance ", qui devrait guider en cette matière l'action des pouvoirs publics?

Une société qui déclare la guerre à certains de ses jeunes, en les chassant du centre-ville, en leur imposant des couvre-feux, en leur envoyant des policiers plutôt que des éducateurs, et qui les désigne obsessionnellement comme population dangereuse et source de problèmes, est une société aveugle, qui condamne elle-même une part de son avenir.


Hélène Mouchard-Zay
20/10/02



Hélène Mouchard-Zay est co-auteur du rapport "Pour de grands projets d'éducation dans les Grands Projets de Ville" (ministère délégué à la Ville, avril 2002) et conseillère municipale d'Orléans.

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