En ce jour du mardi 22 octobre 2002. Ce que la Belgique fait de ses enfants continue d'interroger. Sous terre ou par air, ils sont comme soustraits, absents, disparus… Dimanche dernier, certains, en nombre réduit, ont célébré le sixième anniversaire de la Marche blanche -300.000 personnes défilant sans slogan mais pour des prénoms : Julie, Mélissa, An, Eefje; nous étions alors dans le moment du traumatisme Dutroux. Ce même dimanche continuait de bruisser des réactions à l'expulsion calamiteuse d'une petite Congolaise de cinq ans, expédiée seule - comme, en soute, un bagage non accompagné- vers Kinshasa tandis que sa mère l'attendait au Canada. Les chemins que prennent les vies des gens sont de plus en plus surprenants, les administrations ne les comprennent plus. Par exemple, elles croient encore que le pays des Congolais est le Congo. Cette fillette, Tabita, arrivée en transit à Bruxelles, a été placée au centre fermé de Zaventem (le 127 bis) en août dernier : il lui fut demandé de remplir une demande d'asile -bien entendu irrecevable- avant qu'elle n'en soit déboutée, qu'elle finisse expulsée en octobre et arrive à Kinshasa toujours aussi seule qu'au départ.
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