C'est une image terrible que celle-là qui, outre qu'elle
met un peu plus à distance encore ceux pour qui la fourniture
de biens ou de soins reste une bonne vieille blague, nous renvoie
également à une absolue schizophrénie dans
l'acte social. On sait, par exemple, que dans certaines banlieues,
les patrouilles de police sont ainsi surveillées à
distance par des collègues banalisés, cachés
au coin des rues, prêts à intervenir. Ce dédoublement
sécuritaire renvoie l'acte gratuit - ce qui serait par exemple
de l'ordre de la solidarité - à une marginalisation
complète. Il y aura ceux dont l'usage social sera accepté
et assumé et ceux, les francs-tireurs si l'on ose, qui se
situeront d'office hors société parce que précisément
non socialement reconnus et, partant, se trouveront isolés
d'un monde pour lequel ils s'emploient pourtant. Mais ce dédoublement
induit aussi l'image du paria, celui dont le rôle, en toute
hypothèse, serait de se faire tuer à la place de l'autre,
payé pour, rémunéré parce que. La prolétarisation
du danger va alors de pair avec l'individualisation de la solidarité.
Les beaux mots de "sécurité sociale" s'effondrent
ici.
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