Nous créons une charte qui entend bien faire respecter le droit des citoyens à décider de leur environnement social, culturel, politique, économique, écologique et éthique. Le ruisseau gonfle, il ne compte plus ses affluents. Il va, toujours vers l'aval.

6- Avec la révolution - nous disons "les événements"- les douze qui étaient déjà quinze deviennent vingt puis vingt-cinq. Le mouvement des adoptions est stoppé : nous ne voulons pas que des communes se déclarent maintenant que l'émotion est portée à son comble. Les frontières européennes viennent de sauter d'un coup. Chacun, d'un point ou l'autre du continent, affrête un camion, le leste de marchandises, passe l'ex-rideau de fer en sifflant, les douaniers roumains saluent au passage. Nos propres papiers servent de sauf-conduits, ils ont tout des vrais. Les autoroutes européennes deviennent des grand-places communales, la commune de X a croisé la commune de Y qui remet un grand bonjour à la commune de Z.

 

Cette période, à vrai dire, nous ne l'avions pas négociée. Comment dire ici que, comme tous les autres, nous avons été surpris. Nous n'avions pas prévu cette chose, ce déchaînement humanitaire, ces greniers vidés, ces tonnages concurrentiels. Comme s'il n'était de rencontre aujourd'hui qu'avec et non plus entre. La transaction, langage des peuples. Avec le temps, les peuples vont cependant apprendre à parler sans.

7- A Cluj, en ce mois d'avril 90, on vit toujours à l'ombre, mais pas à l'écart, des résurgences ethniques. Quelques semaines plus tôt, un affrontement entre Roumains et Magyars a fait des morts, à Tirgu Mures. Nous sommes alors à quelques jours des premières élections. Autour de la table, des représentants de tous les partis et de toutes les parties. Y compris de cette extrême-droite roumaine pour qui sang et sol se mêlent dans une confusion logomachique. Dix-sept heures plus tard, nous signons un protocole d'accord entre les représentants de ces populations. Il tiendra deux ans.
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