Tout s'est passé comme si les fragilités et les fractures d'un monde - qui avait arrêté de sacrifier à la realpolitik et qui n'en n'avait pas encore aperçu les résurgences - nous avaient autorisés à imaginer du possible. L'Histoire vit parfois des cycles courts où l'entrée dans les choses du trivial est pensable : il n'existe aujourd'hui aucune manière raisonnable de prétendre que cela fut inutile. On soupèse alors le nombre de vies bouleversées. On estime, c'est de l'humanité au poids, des abattis numérotés, on sait qui est en vie et on sait qui est mort. Mais c'était hier, cela. Nous avons eu avec ce monde des transactions nombreuses, nous avons pensé au travers de mots, comme "société civile" par exemple, qu'il était même possible d'y inventer. Dix ans donc, à tout le moins, de laboratoire absolu. Mais ce qui bouge aujourd'hui, ce qui fait poésie politique, c'est ce passage du "comment" au "pourquoi". Le Comment est la question de la réforme, peut-être de l'innovation, en tout cas de la négociation. Le Pourquoi est une question plus terrible. Dix années que nous étions dans la méthode : notre souci constant était de savoir comment "faire société", là maintenant que j'écris, c'est devenu "pourquoi faire société".
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