Il ne s'agit pas ici de répondre à cette question
par quelque démonstration chiffrée et modélisable,
mais de nous poser une simple question de sens.
L'élargissement est, selon le premier dictionnaire français
à ma portée, l'action de rendre plus large ou plus
ample. C'est ainsi l'Union européenne que l'on élargit,
pas les pays candidats. Eux, ils aspirent à adhérer
(et on espère que leur population aussi adhère) au
projet européen. Le bénéficiaire de l'élargissement
n'est donc pas celui que l'on croit, du moins si l'on s'en tient
au sens des mots.
Il serait pourtant un sens du terme élargissement - polysémique
comme il se doit pour désigner un processus aussi complexe
- qui pourrait concerner les pays candidats. Elargissement signifie
aussi mise en liberté. Mais de quel enfermement l'Union européenne
libérerait-elle ces pays aujourd'hui? Le joug communiste
est déjà tombé depuis belle lurette et l'élargissement
n'est toujours pas là; ce ne peut donc être de cela
qu'il s'agit.
En fait, et c'est probablement là une source importante de
ce malaise, le rapprochement de ces candidats vers l'Union européenne
apparaît plus aujourd'hui comme l'imposition d'un nouveau
carcan sur des pays qui avaient
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eux-mêmes, ou du moins c'était l'impression de leurs
populations, choisi le large en 1989.
Et depuis décembre 1993, l'énoncé - certes
politiquement courageux, fort et porteur de sens - des critères
de l'adhésion semble dressé comme des exigences de
renoncement à cette liberté à peine acquise.
Le libre choix démocratique de son destin par un peuple souverain,
certainement plus exaltant que le chemin sans horizon vers la réalisation
de l'idéal communiste, n'aurait ainsi duré que quelques
saisons. Les choix peu éclairés que le parti unique
dictait au pays seraient aujourd'hui remplacés par l'évaluation
technocratique de la reprise de l'acquis communautaire, divisé
en chapitres indigestes.
Gouvernements et législateurs nationaux, soucieux d'obtenir
une bonne évaluation de Bruxelles, préfèrent
orienter leur action l'il rivé sur l'objectif de l'adhésion
à l'Union européenne plutôt que de privilégier
la réponse aux aspirations immédiates des électeurs.
Si l'horizon a changé - l'intégration à l'Europe
plutôt que la réalisation du communisme - le mécanisme
peut être perçu comme étrangement similaire
: l'acceptation de moult contraintes, injustifiables dans le présent,
en vue de la réalisation
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