Mais il péjore le terme, il n'attend pas que ce chaos
soit étonnant et productif. Car derrière le mot d'élargissement,
se profile aussi l'image du grossissement, presque de l'obésité.
Disons que là où certains souhaitaient que l'Europe
creuse plus profond son sillon, d'autres plaidaient pour qu'elle
agrandisse plutôt son champ, et que ce très terrien
débat a été tranché comme du lard ou
du cochon, chacun entendant benoîtement se payer sur la bête.
Car une fois encore, nous retrouvons l'idée de la faute expiée,
à moitié pardonnée, et dont le pécheur
s'acquitte trop vite en quittant le confessionnal : le pécheur
est croyant, il n'est pas pratiquant. Tout se passe, en effet, comme
si les gouvernements européens d'aujourd'hui étaient
prêts à élargir mais pas à partager.
Ils font comme si le respect d'un contrat moral n'était pas
engageant, sauf moralement précisément. On l'a dit
ici, la population d'un petit pays paysager, plein de campagnes,
de moutons et de collines, aura à décider bientôt
du sort de cet élargissement. L'Irlande dira le 19 octobre
si elle souhaite libérer l'Europe.
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