Borgo San Sergio, Trieste, Italie, avril 1999
© Marina Cox.
Mais il péjore le terme, il n'attend pas que ce chaos soit étonnant et productif. Car derrière le mot d'élargissement, se profile aussi l'image du grossissement, presque de l'obésité. Disons que là où certains souhaitaient que l'Europe creuse plus profond son sillon, d'autres plaidaient pour qu'elle agrandisse plutôt son champ, et que ce très terrien débat a été tranché comme du lard ou du cochon, chacun entendant benoîtement se payer sur la bête. Car une fois encore, nous retrouvons l'idée de la faute expiée, à moitié pardonnée, et dont le pécheur s'acquitte trop vite en quittant le confessionnal : le pécheur est croyant, il n'est pas pratiquant. Tout se passe, en effet, comme si les gouvernements européens d'aujourd'hui étaient prêts à élargir mais pas à partager. Ils font comme si le respect d'un contrat moral n'était pas engageant, sauf moralement précisément. On l'a dit ici, la population d'un petit pays paysager, plein de campagnes, de moutons et de collines, aura à décider bientôt du sort de cet élargissement. L'Irlande dira le 19 octobre si elle souhaite libérer l'Europe.
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