"Bon, la nuit on entendait bien quelque chose, des rats
peut-être, mais le jour on ne les voyait pas" et enfin
ce commentaire philosophique du nettoyage de son appartement : "Si
vous saviez le vide qu'ils m'ont fait"
Une femme de ménage le fait aussi chez elle. L'activité
ménagère étant essentiellement une répétition
de gestes, la double journée les multiplie au carré.
L'activité ménagère ne produit rien, juste
un état, une netteté : un vide bien dessiné
par la propreté où chaque chose est rangée
à sa place. La poussière produit du flou, du vague,
elle est faite de cadavres de mouches, les yeux par ci, les pattes
par là, de fibres de toute provenance
Le ménage est une production de néant qui brille,
et puis très vite le flou, le sale et le désordre
viennent tout brouiller et raturer : inéluctablement, la
ménagère se transforme alors en mégère
hurlante : "Qu'est-ce que ce chewing-gum fait sur mon ordinateur
?".
La grève du ménage des femmes n'a jamais été
imaginée sérieusement dans toute l'histoire du mouvement
ouvrier, la grève du lit, plus distrayante, l'a été
régulièrement depuis Aristophane.
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La grève des repas a été mise en uvre
dans des sociétés étudiées par les ethnologues
: les hommes ne pouvant se faire à manger sans perdre la
face, ils meurent de faim s'ils ne cèdent pas à la
volonté des femmes. La grève des éboueurs homme
est un classique qui nécessite le recours de l'armée.
La grève de consommateurs, appelée boycott, où
les femmes sont actives peut provoquer des ruines boursières.
Une grève de l'activité ménagère, dedans
et dehors, partout, dans les bureaux, les ministères, les
usines et les appartements, serait une expérience fascinante
: une production de flou, de grisâtre, une autre peinture
du monde, une puanteur partout petit à petit, les oiseaux
et les rats heureux. Les femmes s'occupant juste de leurs petits
au-dessus de tas bizarres, et le dedans ressemblerait au dehors,
comme dans un camp de nomades flottant sur le monde. On aurait d'autres
gestes, d'autres postures, on serait obligés d'enjamber sans
cesse des paquets indistincts écroulés, on n'aurait
plus mal au dos.
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