Les autres sans majuscules ne s'opposent plus aux mêmes
mais aux uns, et pour tous ces uns et ces autres qui me bousculent,
pas question d'étreindre leur fantôme réel.
Le "même" tout seul, c'est quoi ? Une sorte de sphère
unie, lisse, sans aspérité ni tache, sans aucun signe
d'altérité, comme une petite bille bien tournée
ou une dragée, impossible à définir autrement
que par un éclat qui brille un instant au fond de ces prunelles
en face, celles d'un autre absolu, un chat par exemple. Mais où
habite le même ? Sans doute au fond d'yeux grands ouverts
d'un enfant qui arrête de pleurer en regardant la lune en
pleine nuit, "comme ils miroitent" (exemple tiré
des Carnets de Coleridge).
Le même, l'identique, est impossible à définir
en lui-même, il est toujours un travail de comparaison, une
décision construite dans l'enfance de se ressembler à
soi même, tel que le miroir et la société vous
en renvoient l'identité. Le champ de l'identité et
de l'altérité n'est pas indéfini : je ne peux
ni être ni le même, ni l'autre de la paramécie
en moi, malgré tous mes efforts d'altruisme.
|
|
|
Il faut pouvoir croiser les yeux de "l'Autre" pour
y voir miroiter du " même ".
Il y a des identiques très proches au plan anthropologique:
les mères et les filles par exemple, dont le lien est celui
d'un maximum de proximité selon Françoise Héritier
et aussi Nathalie Heinich et Caroline Eliacheff ("Mères,
filles une relation à trois" , 2002). Le lien d'identique
entre père et fils passe par la mère, le lien entre
parents de sexes différents offre cette figure majeure de
la différence qu'est la différence sexuée.
Mais même le lien mère-fille suppose un tiers qui nomme
ces deux là. Il y a des proches éloignés, comme
par exemple un père distant et son enfant tout petit terrifié.
Il n'y a jamais d'autres purs, il y a des cercles d'altérité
tout autour, qui traversent le miroir d'en face, qui passent aux
antipodes.
Il n'y a pas de mêmes, il n'y a pas d'autres, il y a plein
de regards croisés plus ou moins ternes, obliques ou brillants
grands ouverts : une offre immense en faisceaux où miroitent
ensemble le même et l'Autre.
Il y a sur la place publique, dans les immeubles, les
|
|
17 |