constitue le véritable vecteur de l'autonomie potentielle du juridique.
Et c'est ainsi, l'affaire suivant son cours, que des personnalités politiques en exercice, et non pas seulement défaites politiquement, se sont vues inquiétées sérieusement ; le tyran chilien, Pinochet, le général algérien Nezzar, le président Sharon,… et enfin Milosevic est sous les verrous. C'est ainsi que le TPY de La Haye a vu avec les années croître sa liberté de manœuvre et sa force juridique - comme l'a bien montré le beau livre de Pierre Hazan, journaliste genevois - contrairement aux critiques post-marxistes qui affirment que le juridique est toujours otage du politique.
Les obstacles sont les états jaloux de leur souveraineté mais parfois désireux de bénéficier du prestige moral de participer à sa création : cet orgueil un peu décadent, porté sur la façade, sauve cette institution : combien de causes sauvées à cause de la seule nécessité politique de ne pas perdre la face…
L'idée de justice sans frontières n'est pas seulement une éthique désintéressée: elle surgit d'une nécessité
anthropologique exactement inverse du fait de devoir partager le gâteau pour faire société : la perception de l'injustice liée au risque de ne pas avoir " sa part ", c'est l'intérêt pour sa propre survie qui fonde la possibilité d'une perception théorique de l'injustice. L'injustice faite à autrui , son fait même, ouvre un possible qui peut aussi s'abattre sur moi : risque dont je peux me garantir soit en enfonçant plus encore la victime dans sa différence d'avec moi, soit en la défendant comme je voudrais que l'on me défende à sa place, et non pas comme moi-même.
L'aspiration à la justice, son rêve poignant, se fonde sur la passion de se survivre à soi-même et non sur une morale planante : c'est ce que les critiques cyniques n'ont pas compris, qui veulent reléguer tout le juridique à la surface écumeuse d'une surperstructure entièrement instrumentalisée.
Depuis le XVIII° siècle, un lent mouvement inéluctable s'effectue, qui tend à homogénéiser les peines au regard des crimes de façon égale pour tous, malgré les différences de classes et de statuts. Qu'on le veuille ou non, c'est cette histoire qui continue au plan international.
4