De Paris, Thierry Kubler

Je ne sais pas si je rêve, si je fantasme un passé pas si lointain : il me semble que, dans les années 70, "on" se mobilisait bien plus et bien plus rapidement contre les projets de lois liberticides (recommençons à ne plus avoir peur des adjectifs et appelons un loup un loup). "On" ? Ben, la gauche, les étudiants, les zorganisations, les zintellectuels, tout ça ! Or, le projet de loi concocté par Sarkozy va plus loin que tout ce qu'avaient osé ses prédécesseurs de droite (le principal syndicat -modéré - de la magistrature parle d'un retour aux heures les plus sombres de notre histoire) et qui s'engage contre ? Essentiellement quelques médias (dont le Monde qui, à l'avant-poste, semble se refaire une éthique) !
Mobilisation populaire, levée en masse de boucliers : que dalle ! Qu'est-ce à dire ? Que tout ce que l'on savait se confirme, s'affirme et s'aggrave : il n'y a plus de structures pour canaliser les protestations et, après avoir eu "la droite la plus bête du monde"
(dixit Guy Mollet, un expert), la gauche - infoutue de dépasser ses bastons nombrilistes - prend ce triste relais. Et qu'est-ce qu'on s'imaginait ? Que Raffarin allait être modéré ? Tssss, hormis des "accidents électoraux", le seul réservoir de voix dont dispose la droite se situe à l'extrême droite. La droite a donc cinq ans pour creuser l'écart en draguant les électeurs de Le Pen. Ça a commencé, ça va continuer. Pendant ce temps-là, autour de moi, au bistrot, au boulot, on (et je) continue à se bouffer le nez en analysant là où on a déconné, en se reprochant nos erreurs. On (et je) continue à se demander comment se rassembler efficacement. Rien de neuf sous le soleil. Un grand désarroi et les nuages que l'on attendait qui sont là. Bien plus vite qu'on ne l'attendait, bien plus bruns, poussés par un sale vent.

T.K.

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