Les chroniques de Véronique
Tchétchènes (24.09.02) On a pu lire dans la presse de la semaine dernière un entretien de Poutine dans lequel il assurait que l'armée russe resterait en Tchétchénie " pour toujours ". Poutine a toujours eu un certain talent pour les phrases frappantes ainsi en septembre 1999 , il avait dit "on les butera jusque dans les chiottes". En Tchécoslovaquie, dans les années 70, j'avais lu en grand sur un mur : "Avec le grand frère soviétique pour l'éternité". Il y a un usage politique de l'éternité : de même que le puissant politique, penché sur une carte, voudrait dévorer l'immensité d'une portion de territoire miniaturisée sous ses yeux - ou est-ce son corps et son regard qui semblent immenses, planant là-haut au dessus de la carte ?-de même, il voudrait courber le vecteur du temps, le faire revenir, tel un boomerang, dans sa main. Le passé est aussi l'objet d'une convoitise et d'une re-fabrication, mais l'avenir est plus urgent, si l'on ose dire. L'avenir doit être possédé et cette possession est rendue possible grâce à un seul mot : "toujours" , le même que "jamais".
La guerre en Tchétchénie a ceci de particulier qu'elle s'est redoublée en dix ans.
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