En ce jour du lundi 30 septembre 2002. Il y a toujours quelque chose d'insupportable à voir les Blancs quitter le tarmac africain. La Côte d'Ivoire semble une répétition de choses déjà vues au fil des années post-coloniales. Parfois ce sont des armées françaises, parfois belges, parfois américaines, qui organisent ces norias dont nos écrans nous montrent le plus souvent le dos des camions et l'arrière des pick-up, une file qui file dans la poussière d'un chemin caillouteux. C'est un film, mais une fin de film. Le hors champ signale des figurants fatigués, assis au bord des routes, déjà défaits mais encore patients : ce sont ceux qui restent et ils sont noirs. Nous avons pour eux une pensée généreuse furtive, vite balayée par ce sentiment qu'après tout ils sont chez eux. Ici se fait toute la différence sémantique, qui tient en une lettre, entre le résidant et le résident. Est résidant celui qui habite dans son pays. Est résident, celui qui habite un autre lieu que son pays d'origine. Cette consonance ne vaut pas synonyme. Elle conduit à une distinction qui - si nous ne l'observons pas orthographiquement le plus souvent - est, politiquement, très agissante. Récemment, Nicolas Sarkozy faisait remarquer, à
122