En ce jour du vendredi 27 septembre 2002. Je n'ai pas compris tout de suite si, assis aux côtés du ministre britannique Blunkett, lors de la conférence de presse de Sangatte, hier, Nicolas Sarkozy avait murmuré entre ses dents, au terme de l'intervention de son homologue : "I agree" ou "I've a dream"… Je pense, par devers moi, qu'il a dit "I've a dream". C'était bien, ça faisait un peu Luther King. Le journaliste a ensuite parlé de "chasse aux réfugiés", c'était bien aussi. Ça faisait un peu "Comte Zaroff". Et puis Sarkozy a répété l'antienne gouvernementale: humanité et fermeté, prévention et répression, cœur et pragmatisme. On était là, exactement, dans le no man's land qui sépare King le démocrate de Zaroff le dégénéré: il suffit finalement de savoir de quel côté du fusil l'on se situe. Je le dis comme je le pense : ce qui est en jeu aujourd'hui, ce n'est pas seulement une "lepénisation" des esprits et des partis démocratiques mais la fabrication d'un alambic bien plus subtil, précipitant dans le même creuset populisme et droits de l'homme.
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