Les chroniques de Véronique
Riches (23.09.02). Je voudrais interroger le goût des riches pour l'esthétique de la misère, sous la double forme soit de sa représentation (photographies d'enfants dans la savane, aux trop grands yeux - ils ont faim, peut-être le photographe leur a-t-il donné une claque avant la photo pour que ces grands yeux brillent, oh les beaux yeux ! etc.-, de camps de réfugiés, de huttes pauvres archi-pauvres du bout du monde etc..), soit sous l'angle de sa production. Et c'est ainsi que les salons des riches des pays riches choisissent comme ornements les objets que fabriquent artisanalement les pauvres des pays pauvres, situés au bout d'un monde alternatif, " incroyable , inouï ", au cœur d'une forêt amazonienne, et cet objet tressé, sculpté tissé, loin de tout industrie par un malheureux pauvre comme Job, comme si jamais du plastique n'avait existé quelque part.
La pire menace pour l'esthète richissime et cultivé, c'est la laideur. La laideur pour lui: une chose normale non référencée. La laideur pour le riche esthète, c'est le cadre de vie normal et banal des classes moyennes dans leur effort d'embellissement " cheap " : cela, c'est affreux.
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