Jusqu'ici, à ce qu'on voit, les gouvernements remercient Romano Prodi, ce qui, pour lui, ne doit pas être loin d'une première. Cette procrastination serait-elle, a contrario, le signe des grands débuts d'une émancipation politique de la Commission ? L'avancée vers un gouvernement européen remplaçant ces assemblées d'États-nations devenues d'un coup obsolètes ?
Je ne sais pas, par contre, comment on nomme l'idée de refaire aujourd'hui ce que l'on avait déjà fait hier. C'est pourtant à quoi vont se livrer les Irlandais le 19 octobre prochain en donnant leur avis, pour la deuxième fois en deux ans, sur Nice, cette fois, et non plus Séville. Nice, c'est entre autres choses, l'élargissement européen. En 2001, les Irlandais avaient, lors d'un référendum, répondu "non" à Nice et donc, subséquemment à Prague, Ljubljana, Budapest ou Varsovie. Ce "non" parfaitement démocratique, obtenu avec 54% des voix, avait été refusé par les autres Quatorze. Les Irlandais, bons garçons, vont repasser aux urnes. On ne le dit pas assez, on fait comme si on ne savait pas, mais ce vote détient la clé de l'avenir européen. La ministre française Noëlle Lenoir a déjà fait savoir que, de toute manière, on se soucierait de l'avis irlandais comme d'une guigne. Laissons donc les gouvernements nationaux se manger les poux sur la tête. On sait que, désormais, il y aura quelqu'un à la Commission pour tirer les marrons du feu.
En ce jour du jeudi 26 septembre 2002, j'aimerais pouvoir être ma propre dupe. Au moins sur l'Europe. Au moins.
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