et aussi atroce, producteur de souffrance. Un évènement heureux est vite entré dans l'amnésie ordinaire du monde. Un événement extraordinaire et positif n'est pas oublié, mais il ne hante plus personne.
C'est l'intensité et la masse de souffrance produites brutalement qui fabriquent une sorte de contrainte à percevoir la secousse évènementielle. Lorsque le crime est politique, massif et délibéré, il s'adresse à nous. Si les catastrophes naturelles soudent la communauté humaine dans la lutte contre elles, au moins dans l'imaginaire, et si les engrenages mortifères à bas bruits échappent au cadre de la scène que nous pouvons penser, le crime politique qui divise cette communauté, par contre, est à notre échelle de compréhension. Il "fait pour nous" pour ainsi dire : une fois sue la mauvaise nouvelle qu'il a été commis (l'exact inverse de la Bonne Nouvelle des catholiques), il devient comme notre cauchemar intime, qui se trouve correspondre exactement à ce que nous pouvons imaginer de pire. Lorsque l'évènement est politique, nous comprenons le choix, le geste, qui président à sa réalisation trop pensable et non pas
"impensable" : ce geste et ce choix auraient pu être déjoués, cet avion changer sa route, ce projet de mort devenir un scénario de roman. Cette gratuité de certains choix, "de ces gestes toujours suspendus jusqu'au dernier moment à la possibilité de ne pas être réalisés" porte à son comble, lorsqu'il s'agit d'une action humaine, le sentiment d'injustice des victimes.
Le crime politique majeur est toujours grossier, facile, il use du sang humain comme d'un carburant pour l'action, il saisit les victimes en pleine surprise, c'est le contraire d'un duel, cette facilité rend fou.




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