Il y a comme une trahison, un sentiment d'injustice envers les
faits qui nous ont obsédés et que l'on a abandonnés
sans même avoir appréhendé cet abandon. Comme
si l'élection d'une thématique se faisait au détriment
des autres. Ceci est une véritable aporie : on ne peut tout
saisir en même temps, notre attention collective est sélective
et linéaire, de fait.
Le rapport à l'espace de notre propre actualité est
de type "carnavalesque", comme Umberto Eco l'avait bien
écrit dans Libération. Une ronde de masques parfois
affreux, parfois grotesques, passent devant nos yeux sur les écrans,
comme dans un clip accéléré. Voir les actualités
au fond de l'écran est une expérience étrange
où l'on vous pousse sur un minuscule toboggan pendant quelques
minutes: un toboggan où seuls nos yeux roulent pendant que
nous sommes enfoncés, fesses souriantes, au creux des profonds
canapés.
Une autre assise du stéréotype est le désir
d'une clef de compréhension, d'une cause finale; un désir
de clef, d'un liant et d'un lien synthétique qui fassent
du puzzle et
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dessin d'ensemble : ce n'est jamais donné, sauf dans
la presse militante. D'où le succès du mot "mondialisation"
qui s'offre comme enfin une sorte de sauce liante qui permet de
tout mettre dans l'assiette. La soif d'une unité signifiante
se transforme en ressentiment, nourriture du stéréotype.
Il y a aussi cette préférence pour l'enfer d'autrui,
"comme ils vont mal là-bas", liée à
la certitude de son exagération dès que la mauvaise
nouvelle pourrait nous déranger : qu'est-ce qu'on veut nous
faire croire? À un génocide ? Et puis quoi encore,
ils exagèrent ! Cette préférence pour l'enfer
d'autrui, dénié en même temps, ne vaut que lorsque
la vie est confortable, mais une panne d'eau chaude, d'électricité,
une guerre, une inondation
et la préférence
pour l'enfer d'autrui fait moins plaisir.
Mais en fait, il y a tout dans la presse, les dossiers, les chiffres,
les cartes et les controverses, les termes du débat et les
dossiers de spécialistes, des textes d'humeur tragiques,
de la littérature sauvage offerte généreusement
et sans interruption, et le tout renouvelé
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