En ce jour du vendredi 20 septembre 2002. Cette curieuse
histoire qui a pour cadre la très belle commune de Gesves,
à quelques encablures de la ville de Namur, pourrait aussi
passer pour une fable post-moderne. Voilà donc un village
et ses deux écoles. L'une et l'autre manquent d'élèves.
Une unité ici, deux unités là. Une perte d'emploi
ici, une réduction d'heures de cours, là. Au milieu,
deux enfants. Ils sont afghans. Ils sont réfugiés.
Ils émargent à l'aide sociale communale. Les deux
écoles se disputent leur scolarisation. À eux deux
- à eux deux tous seuls, a-t-on envie d'écrire -,
ils pourraient sauver de l'emploi. Voilà comment se renverse
la figure de la victime et de l'assisté. Voici donc les enfants
propulsés capitaines d'industrie éducative: venant
avec du malheur plein les mains, ils parviennent à servir
à quelque chose à qui les accueille, parfaite parabole
de la bonne nouvelle et de l'esprit d'entreprise. C'est un miracle
que ces deux enfants dans un pays qui vieillit, mais un miracle
ennuyeux. Car, en effet, ils ne sont que deux et deux c'est déjà
trop ou alors pas assez. Suffisants pour sauver une école,
trop peu nombreux pour en sauver deux.
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