Utilisée avec tranquillité dans une conversation,
elle a cet avantage majeur de mettre le " con " en face
: si je le trouve con c'est que je ne le suis pas . Se poser en
juge de la connerie, c'est nécessairement se situer en dehors
d'elle, du côté des intelligents. Ce confort de mettre
en la connerie à distance, grâce à l'injure,
est sans doute une des raisons qui font qu'elle n'est pas usée
par sa propre banalité, liée à une force sémantique
remarquable. Seul Alain Rey pourrait nous expliquer pourquoi. Il
est toujours rafraîchissant de traiter l'autre de "con".
Mais cette injure une fois couchée sur l'écrit nous
laisse sur notre soif : on voudrait en savoir plus : "con "
comment, gros con ou sale con, que de nuances, qui sont autant d'abîmes
en perspectives.
Le plus souvent donc, dans la conversation, l'adjectif " con
" s'adresse à un individu et à sa capacité
de bien comprendre ce qui l'entoure. En réalité, celui
qui profère l'injure pense que "le con " ne comprend
rien, c'est-à-dire ne comprend pas ce que lui l'intelligent
croit comprendre si bien. Le "con" s'oppose au "salaud",
plus malin avec un grand M. Ainsi les jeunes crétins croient
qu'il vaut mieux
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être un salaud qu'un con.
En vieillissant, je vous confesse que je pense l'inverse, définitivement.
Déclinés au féminin, ces deux adjectifs résument
nos capacités d'injures nationales : "conne", contrairement
à "salope", échappe à la torsion
sexuée-sexuelle habituelle, cela est le signe que "conne"
et "con" portent un contenu assez massif, suffisant en
soi à l'injure. Ainsi, la "conne" peut ne pas être
une "pute" , alors que la "salope" si. Souvent
pour les filles, on parle de "grosse conne", car pire
que d'être con, dans notre société, il n'y a
qu' être gros. Seul Alain Rey pourrait ici nous éclairer
sur ces bizarres inclinaisons. "Une connerie " est souvent
une phrase erronée ou tout simplement courte dans son offre
de penser quelque chose. Le "sale con" est un teigneux
bas de plafond, le "pauvre con" est en dessous dans l'échelle
des prestiges négatifs.
Adressée à une religion dans son ensemble, l'affaire
est délicate : tout un champ immense d'histoire et de culture
est transformé en vieille serpillière traînant
sur le bitume par la seule citation de ce si court adjectif, tout
proche de
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