Se naturaliser, acquérir la nationalité, c'est
acquérir l'inné. Or acquérir l'inné
est une contradiction dans les termes puisque c'est acquérir
ce qui ne peut s'acquérir, ce qui ne vient que de naissance".
Car, en effet, comme peut-on être belge ? Quel est l'état
de nature du Belge à partir duquel faire croître un
citoyen ? Bien des gens, à commencer par Baudelaire, se sont
posé la question. Mais il y a autre chose, dans ce mot de
naturalisation, qui peut faire sens. Ce que l'on naturalise usuellement
depuis des siècles - ce que l'on rend donc à l'état
de nature - ce sont des cadavres d'animaux : chats, belettes ou
petits lapins. Soit qu'ils aient été les compagnons
d'une vie domestique, soit qu'ils soient de somptueux trophées
de chasse. Ils existent pour mémoire. Ils ne sont pas la
vie, mais son contraire. Ils sont l'image d'une mort qui dure. Que
voulons-nous dire alors exactement lorsque nous continuons de confondre
nature et nation ? Et que vient faire cet étranger empaillé
sur la table des députés ? Citoyen est un mot plus
joli, il ne pue pas dès qu'on commence à le prononcer.
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