que le discours de la guerre, de la violence, de la mort, du
lynchage. Dans un monde de furie, il n'y a pas de place pour l'amitié
et l'affection. Et un homme, pour se protéger de ses propres
faiblesses, ce qu'il croit être ses faiblesses, parce que
pour lui aimer c'est être faible devant quelqu'un, préfère
rester rébarbatif, aux antipodes des sentiments les plus
élémentaires de l'homme, pour essayer de se prouver
qu'il est capable de résister à cette terrible violence
qui est en lui et qui s'exerce aussi sur lui.
Je pense à cette scène : Atiq rentre chez lui.
Sa femme, très malade, mourante, a trouvé assez de
force pour faire le ménage, pour préparer un repas
et il prend cela comme une humiliation, un reproche, une vexation.
Il se met en colère et part en claquant la porte.
Il a toujours pensé être le centre de l'univers pour
une femme. Sans lui rien ne se fait, rien ne se décide. Quand
la femme essaye de contribuer aussi à la vie du couple, elle
investit son espace, elle porte atteinte à son autorité
|
|
|
et à sa capacité de tout gérer par lui-même.
Il est agacé parce qu'elle le surprend, parce qu'elle ose
du fin fond de sa maladie, se relever et faire un travail d'être
humain, elle, la bête de somme, la fabrique d'enfants ou l'objet
de plaisir de l'homme. L'émancipation de la femme a toujours
effrayé les hommes traditionnels de la communauté
musulmane parce qu'ils ont si peu de considération pour eux
que le seul moyen de préserver un minimum de dignité,
c'est de se sentir supérieur à la femme.
Ce sentiment d'infériorité vient-il du colonialisme
?
C'est une tradition ancienne, qui vient de la nuit des temps.
De l'Islam aussi ?
Pas de l'islam. L'islam a été la première religion
à libérer la femme. Beaucoup d'interprétations
ont faussé son message d'amour, de tolérance, de solidarité,
d'humanité, de respect, toutes ces valeurs qu'on ne trouve
pas chez les Taliban.
|
|
50
|