Un livre bref mais qu'on ne peut lire d'un trait car chaque chapitre impose au lecteur de prendre un temps d'arrêt, de demander au conteur un moment de répit. On ne partage pas impunément la sauvagerie d'une foule qui lapide une femme. On n'écoute pas sans malaise le prêche d'un mollah fanatique. On ne garde pas facilement les yeux ouverts sur un univers dont la langue officielle est la cravache. Les hirondelles de Kaboul est un roman déterminé qui décrit avec simplicité la plus grande confusion des idées, des sentiments et des relations humaines. Autrement dit un livre terrible. Qui montre sans impatience, sans excès, sans complaisance aucune, comment le totalitarisme islamiste, car il faut le dire et le redire, l'islamisme est un totalitarisme, comment ce totalitarisme, comme tous les totalitarismes, détruit toute forme de vie possible.

Pourquoi ce détour romanesque par Kaboul ?

J'ai eu besoin de me prouver que j'étais capable de parler d'autre chose que de l'Algérie. Ça m'a permis de transcender toutes mes ressources émiettées par le
doute et l'incertitude.

Vous êtes allé en Afghanistan ?
Non. Je connais les Afghans. J'ai " co-habité " avec eux pendant huit ans et j'ai trouvé nécessaire d'en parler. De dire comment et pourquoi des hommes qui auraient pu être tolérants ont privilégié la violence sur le débat.

Vous avez retrouvé les mêmes ennemis ?
Je ne peux pas les voir comme des ennemis, ce sont des victimes. Victimes de leur propre déchéance. Mentale et morale. Je les plains beaucoup. Les héros de mon roman deviennent fous. La folie est le seul échappatoire qui leur soit proposé. On ne peut pas accepter la barbarie sans basculer dans la folie.

Les deux couples que vous décrivez sont des couples forts, construits sur l'amour. Ils refusent de se laisser défaire. Et pourtant ces deux hommes n'arrivent pas à comprendre leur femme.
On ne leur a jamais appris à comprendre autre chose
48