En ce jour du vendredi 13 septembre 2002. Ce 11 septembre, on procédait, à Bruxelles, aux funérailles de Patrick Braut, le seul citoyen belge disparu lors des attentats du World Trade Center. Dans le cercueil, un peu de terre de Ground Zero et quelques objets: le corps n'a pas été retrouvé. Au cimetière, la famille, les amis, les médias. Le journaliste de la télévision a cette formule surprenante : "Patrick Braut, dit-il, a été enterré à titre posthume". J'imagine que, dans l'esprit du commentateur, "être enterré à titre posthume" doit représenter quelque chose comme "être condamné par contumace". On sent par là que l'absence du corps lui pèse, qu'il suppose que les restes sont ailleurs, déjà retournés à la terre ou donnés au feu ou bien peut-être livrés au vent. Il commet alors une confusion sémantique vertigineuse qui souligne surtout une contradiction contemporaine: tout se passe comme si désormais le civil absent, retournait le soldat inconnu. Là, un corps qui n'a pas de nom. Ici, un nom qui n'a pas de corps. Enterrant des noms, qu'ensevelissons-nous, que transmettons-nous, de quoi nous souvenons-nous, comment faisons-nous commémoration? J'ai rouvert dans l'instant l'ouvrage que viennent de faire paraître Danièle Voldman et Luc Capdevila,
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