Lautresite : intentions
Il peut exister du paradoxe dans ces mots de "poésie politique"
et une certaine provocation à vouloir les mêler. Si lon veut
bien dépasser cette contradiction et se proposer de la travailler comme
on le ferait dans un laboratoire, cette proposition de "poésie politique"
ne semble plus aussi incongrue. Nous pensons quelle pourrait même
être en mesure de conduire vers un plus grand entendement, une plus grande
intellection et, surtout, quelle pourrait mener à la construction
dhistoires et dimaginaires collectifs. Les mots de "poésie
politique" disent, pour nous, le désir dentreprendre une sorte
de description du monde -basée sur le lien, la complexité et les
savoirs- au travers de tentatives d'exploration d'événements, d'histoires,
de lieux ou de moments qui traversent le quotidien et le transforment. Lidée
serait de sapproprier une réalité dégagée des
fatalismes quelle propose et de la fatalité qui linduit en
la livrant à des liens complexes, incidents, contingents ou improbables,
pensables de façon inédite dans le virtuel. Dans lautresite, sorte
de premier essai poético-politique, lenjeu nest pas de contextualiser,
dexpliquer ou de sensibiliser mais de créer, à partir dun
contexte, des champs dapproche dont lobjectif serait dautoriser
le décloisonnement et deffectuer les rapports les plus insolites,
mais potentiellement aussi les plus éclairants, avec tels ou tels fait,
situation ou événement. Permettre la subversion du lien accidentel,
voilà le propos.
Une revue, cela signifie à la fois la mesure du temps et le temps de la
mesure. lautresite se propose de travailler sur la variété des temps:
laujourdhui, le hier, le demain y seront conjugués au même
temps au travers de dossiers, de rubriques, darticles, qui auront chacun
leur propre chronologie, leur propre calendrier, leur propre agenda. Le virtuel
na rien à faire du temps, ce projet pourrait aussi avoir pour objet
de donner du temps au virtuel.
Aussi bien, lautresite serait alors:
1. une mesure du temps
2. un lieu de tissage aléatoire et de rencontres
fortuites entre des gens, des faits, des savoirs, de lérudition,
des expériences, de lopinion, des recherches
3. un champ dactions potentielles.
Voilà ce que lon appelle une ambition. Cest notre point de
départ. Pour le reste, nous avancerons petit à petit. De la même
manière quil existe, semble-t-il, des"utopies réalistes",
nous verrons bien sil peut se produire aussi des "ambitions modestes".
Une revue, c'est aussi ce qui revoit. Ce que nous reverrions, ici, c'est une manière
de parler. lautresite, tel qu'imaginé, se veut être en recherche
de nouvelles formes de paroles politiques, en travaillant des réalités
dégagées de leurs fatalismes mais livrées à des liens
complexes, incidents, contingents ou improbables, précisément pensables
de façon inédite dans le virtuel. L'espoir est de former, à
partir de cette proposition, un espace public.
La revue est composée d'un dossier d'exploration, de rubriques ( Les "correspondances
croisées", les "aujourd'hui", le "feuilleton",
les "carnets de bord") et du "Capharnaüm."
Tous ces matériaux ont des temps particuliers : si les correspondances
sont quotidiennes, le dossier d'exploration n'a pas de fin déterminée,
même si les ajouts sont réguliers. Si "aujourd'hui" est,
comme son nom l'indique une rubrique récurrente, les carnets de bord vont
à leur rythme
Bien entendu aussi, la revue évolue. La version actuelle n'est pas complète,
tous les ingrédients n'y sont pas encore présents. Ouverte aux propositions,
la revue vivra également au rythme des changements suggérés.
Ceci pour dire que si la route est peut-être voulue, elle n'est pas tracée.
Alors, voyons cela comme un voyage.
Autre chose : pourquoi un ".com " ? Par ironie, pied-de-nez, amusement.
lautresite n'a pas d'objet commercial. Le ".com"est plutôt celui
de commencement, de commune ou de commentaire.
.com on voudra.
lautresite est une initiative émanant de Causes Communes, association établie
à Bruxelles. A la base, existe une équipe réduite travaillant
sur le projet de lautresite. Il sagit tout à la fois dune coordination
rédactionnelle et technique: elle travaille essentiellement par "associations
didées", elle déroule des fils, elle propose des pistes
de travail intuitives.
Après, vient le temps de la mise en doute des hypothèses et la recherche
de collaborations. Cette petite structure compte de nombreux collaborateurs -parmi
les membres de Causes Communes, bien sûr- mais elle agit aussi de façon
extensive: la volonté est de faire réseau, de travailler avec des
personnes vers lesquelles les sujets nous conduisent ou qui rejoignent le réseau
au travers des thèmes évoqués.
Les personnes qui soutiennent le travail de lautresite, nous les appelons les
contributeurs: ce sont à la fois des personnes qui entendent intervenir
avec leurs compétences, leurs savoirs, leurs expériences mais qui,
également, peuvent participer, de façon modique, au financement
du travail commun. Il sagit donc là dun système de "mutualisation",
essentiel à nos yeux. lautresite, en effet, ne fait pas partie dune
"machine" qui assumerait les coûts de fonctionnement et de réalisation
dun tel projet. De la même manière, la structure qui porte
ce projet veut travailler de manière ouverte: ce qui est voulu ici, cest
le multidisciplinaire, la confrontation des idées, la prise en compte du
doute. Par nature, la structure est informelle, elle bougera. Elle est aussi éthique.
Tout le monde nest pas le bienvenu. Pas de trace sur ce site, de prises
de position extrémistes, intégristes, liberticides: nous serons
à ce sujet intransigeants.
Léquipe: Anne Bontems, Alain Chang, Anne Degavre, Michel Gheude,
Olivier Guyaux, Paul Hermant, Jean-Pierre Jacqmin, Michel Jocquet,
Nicolas Levrat, Eric Masquelier, Véronique Nahoum-Grappe et Etienne Sevrin.
Le générique musical de lautresite a été composé
par Benjamin Lew sur une proposition de neuf notes de Nicolas Levrat. Ce générique
est lui aussi, comme vous le remarquerez, soumis à des interprétations.
Salutations spéciales à Pierre Duys.
Causes Communes, fondée en 1992, association dont émane lautresite,
fait partie de ce que lon a coutume dappeler aujourdhui les
"associations citoyennes". Constituée à partir de lexpérience
d Opération Villages Roumains, créée en 1988, rassemblant
les mêmes acteurs auxquels sont venus sadjoindre de nombreuses autres
personnes, Causes Communes a développé en matière de démocratie
locale un nombre considérable dexpériences. Que ce soit sur
le terrain international - lespace ex-yougoslave, singulièrement
- ou sur le terrain belge. Sur le plan international, on citera seulement quelques
exemples : la fondation des "ambassades de la démocratie locale"
en partenariat avec le Conseil de lEurope, le soutien financier aux médias
indépendants de la zone ex-yougoslave, la création dune télévision
des réfugiés dans les camps daccueil bosniaques, les relations
de long terme et la création de dizaines de comités locaux chargés
à la fois du développement de partenariats et de laccueil
de réfugiés, laccompagnement des premières élections
législatives en Bosnie, la mise en ondes de Radio Balkans, etc
Sur le plan intérieur, on notera les "Parcours citoyens", vastes
espaces danimation et dactivation de compétences au niveau
communal, sans oublier la parution du Quotidien des Électeurs, journal
volontairement éphémère accompagnant les élections
législatives de 1994. Causes Communes est également éditeur
(6 ouvrages parus), producteur de disques (2 CD) et co-producteur de films documentaires
(5 à ce jour).
On aura compris que la méthode de travail de Causes Communes, sa philosophie
daction, mêlait tout à la fois, solidarités directes,
soutien humanitaire, travail culturel et interventions politiques à partir
de ce que lon appelle la "bottom-up approach", lapproche
par le bas. Tout cela, afin de conférer aux pouvoirs locaux et à
leurs citoyens les moyens dinférer et dacter en matière
de politique extérieure tout en développant et valorisant leurs
compétences propres. En gros, une espèce de cyclotron, un accélérateur
de relations.
Quelques années plus tard, ces idées perdurent et sont désormais
inscrites dans le champ institutionnel et politique, hors donc de lassociatif
: le rôle des communes en matière internationale est aujourdhui
incontesté. Il existe dès lors à la fois une mémoire
et une actualité de ce qui a été produit. Pour Causes Communes,
cela signifie aussi que cette période est révolue et que de nouveaux
champs dinvestigation peuvent être abordés. Ainsi de la poésie
politique qui nous a toujours paru être le sel de notre action.
Cest de cela dont lautresite entreprend de parler aujourdhui.
Retour, donc, dans le laboratoire didées.
lautresite est un projet de Causes Communes, association sans but lucratif.
Avenue de Stalingrad, 52 - B-1000 Bruxelles - Tél. + 32 (0)2 646 63 74