Après 5 ans d'études à l'Institut Santa Maria de Rome en Italie, Lek Pervizi rentre en Albanie en 1943. Il a quinze ans. Son frère Genc l'accompagne. Son père, le général Prenk Pervizi, occupe le poste de ministre de la Défense dans le gouvernement pro-monarchiste de l'époque.

En Albanie, peut-être plus qu'ailleurs, la fin de la guerre est chaotique. Après la résistance contre l'occupation allemande, arrivent les communistes. Les Alliés s'en vont sans intervenir. La persécution et l'épuration commencent, avec une terreur sans précédent.

Toute la famille Pervizi doit se cacher dans les montagnes, d'abord par peur des Allemands qui bombardent les maisons, et ensuite des communistes qui les brûlent et confisquent tout bien et propriété.

À cette période, Lek Pervizi rentre à Tirana grâce à l'appui d'un ami de la famille, alors en poste au gouvernement. Lek Pervizi va payer sa filiation, sa classe sociale et sa religion chrétienne pendant 40 ans. Tout d'abord chassé des écoles, vivant d'expédients, il connaîtra à partir de mai 1950 les prisons et les camps de Berat, de Porto Palermo, de Tepelene, de Fier, de Kuç de Vlore, et, finalement, de Lushnje (centres de Gradishte, Cerme, Plug, etc ).

Lek Pervizi n'a jamais connu de procès, n'a jamais été condamné par un tribunal : il a subi des condamnations reconduites tous les 5 ans, et ce, ad vitam aeternam.

Soumis aux travaux forcés, il coupera des arbres, il charriera des bois et des pierres, il tombera malade, il grandira, il se mariera avec Giuliana, elle aussi internée, il vieillira.

Libéré en 1990, il vit désormais, en tant que réfugié politique, en Belgique. Rescapé miraculeusement d'une fin affreuse, comme l'ont eue beaucoup de ses compagnons.

Nous avons choisi de raconter son histoire à partir des dessins qu'il a conservés de ces années d'enfermement et de camps de travail. Ces dessins, il les a réalisés avec les moyens du bord, parfois un crayon, parfois du charbon de bois, parfois aussi de la peinture. Parce que ses talents reconnus ont aussi été utilisés par ses geôliers. Ces documents sont exceptionnels. Ils racontent des camps qui aujourd'hui encore semblent n'avoir pas fait partie de l'histoire européenne du vingtième siècle.