Campings résidentiels
Le Pont de Méry, c'est un camping. À Esneux, petite commune liégeoise.
Un, parmi les nombreux campings de Wallonie qui accueillent désormais des
résidants permanents.
La plongée que propose ici Raphaël Carette, en sons et en images,
est un reflet clinique de la vie du camping. Réalisé dans le cadre
de la Biennale de Liège, ce reportage est ton sur ton. Accents, couleurs,
bon sens, kitsch, quotidien, ennuis : tout est restitué ici avec, au sens
premier du mot, sympathie. "Ces personnes qui sont souvent considérées
comme marginales, sont en fait des gens comme tout le monde, pour la plupart d'anciens
urbains à la retraite", dit Raphaël Carette. Impressionné
par leur volonté de vivre ailleurs que dans un HLM, de posséder
parcelle, lopin et chez-soi, Carette a tenté de les traduire au plus près,
utilisant bande-son et photographie. On se doute que cet exercice de proximité
aura aussi été une sorte de dépaysement. Car ces petits univers
ouvriers sur pilotis sont à prendre pour ce qu'ils sont. Nous voulons dire
: un genre de voyage en exil du social.
Le droit au logement pour tous est inscrit dans l'article 23 de la Constitution
belge. Pour certaines catégories de personnes, l'accès à
un logement décent à un prix abordable constitue cependant un véritable
parcours du combattant.
Le réalité du marché du logement (loyers souvent élevés
dans le secteur privé) et une disparité entre l'offre et la demande
dans le secteur social ont dès lors conduit ces personnes à choisir
des formules d'habitat moins coûteuses (?). S'est ainsi développé
le phénomène de l'habitat permanent en domaines touristiques ou
de loisirs.
La question de la résidence permanente dans ces zones est complexe et les
solutions qui permettraient de la résoudre se doivent d'être des
plus nuancées. Ceci expliquant sans doute aussi la difficulté de
développer une action coordonnée pour rencontrer cette problématique
de manière réfléchie.
Force est de constater que l'habitat permanent dans les campings et parcs résidentiels
est principalement une solution de logement pour certaines catégories de
personnes ne bénéficiant pas d'autres alternatives en la matière.
Les raisons de cette présence sont aussi souvent très différentes
d'une personne à l'autre : familiales, financières, sociales, souhait
d'une retour à la nature ou à une "certaine" vie de village,
choix de vie, voire une volonté d'accéder à une forme de
"propriété".
Souvent au sein de ces campings et parcs, différents type de population
se côtoient : des jeunes, des pensionnés, des gens qui travaillent,
d'autres qui émargent au CPAS (les structures d'aide sociale locale belges)
ou disposent de revenus de remplacement, comme au sein de la société
somme toute. Les gérants des campings adoptent schématiquement deux
attitudes : soit ils tirent profit de la situation les résidents
constituant une source de revenus et certains d'entre eux arrivent à
louer une caravane près de 375 euros par mois, soit ils tentent de récupérer
leur camping dans la mesure où ils ne souhaitent pas nécessairement
que des gens y vivent en permanence.
Les conditions sociales et économiques largement en dessous des minima
admis, la détérioration des caravanes, les infrastructures inadaptées
pour un usage intensif ainsi que la recherche du profit pour certains créent
des situations de non-droit en Région Wallonne.
De plus, ce respect peu scrupuleux des lois et des règles s'illustre tant
par des octrois de permis d'urbanisme abusifs que par l'absence de permis d'exploiter
ou encore par la revente d'électricité ou par des abus d'autorité
de certains gérants.
On se rend compte ainsi que cette problématique touche différentes
compétences, que ce soit au niveau régional, provincial et communal
: tourisme, aménagement du territoire, urbanisme, environnement, affaires
sociales, logement,
En tout état de cause, l'habitat permanent en
zones de loisirs démontre, dans la plupart des cas, les difficultés
pour nos sociétés d'assumer l'ensemble de leurs missions.
Il importe donc de mener des actions concrètes afin que ces zones (logiquement
de loisirs) ne deviennent pas - ou ne continuent pas d'être - des lieux
de pauvreté cachée et de redonner ainsi aux établissements,
voire quelque fois aux zones concernées, leur fonction première.
L'entité de Viroinval, et plus particulièrement certains des 8 villages
qui la composent aujourd'hui, constituaient et constituent d'ailleurs encore
une destination touristique prisée et connue très largement
depuis de nombreuses années. C'est ainsi que dans les années phares
du camping-caravaning, de nombreux campings et parcs résidentiels ont vu
le jour dans notre commune (Nismes, Olloy, Vierves, Treignes, Oignies) pour accueillir
tous ces touristes en quête de vacances au grand air, en harmonie avec la
nature
Il est vrai que la plupart des seconds résidents provenaient
des grands centres urbains (Charleroi, Mons, La Louvière, Bruxelles) plus
ou moins proches de notre région. Souvent aussi, ces seconds résidents
étaient eux-mêmes venus dans leur tendre jeunesse découvrir
notre belle région en colonie de vacances ou en camp de scouts. Ces campings
et parcs résidentiels n'ont malheureusement pas toujours été
implantés à des endroits appropriés au développement
de telles activités touristiques. Souvent, seules la beauté du paysage
et la qualité de l'environnement immédiat constituaient les véritables
critères de sélection, comme la présence d'un cours d'eau
par exemple. Les seconds résidents étaient ainsi confrontés
à des risques majeurs d'inondation, à des problèmes d'alimentation
en eau et en électricité ou encore aux vols. Ces mêmes problèmes
se posent toujours aujourd'hui avec les résidents et ce, avec beaucoup
plus de sensibilité sociale pour les autorités communales.
À Viroinval, la problématique de l'habitat permanent en campings
ou parcs résidentiels concerne près de 100 personnes (domiciliées).
Avec la collaboration des sociétés d'habitations sociales et du
Centre Public d'Aide Sociale, notre commune essaie d'apporter sa contribution
mais ne dispose pas toujours des leviers nécessaires : il n'est pas simple
de reloger toutes les personnes qui le souhaitent dans la mesure où il
y a peu de logements disponibles à loyer modéré. En outre,
l'immobilier est aussi devenu très cher dans notre région. Parce
qu'elle attire aussi par sa beauté. La société à deux
vitesses qui existe ailleurs se retrouve ici aussi, par conséquent.
Devant cette problématique, les autorités publiques se doivent de
réagir, au niveau local, provincial comme régional. L'accession
à la citoyenneté, à l'autonomie et à l'indépendance
suppose que chaque citoyen puisse disposer d'un logement décent. À
la veille du dépôt d'un premier plan triennal, nous adapterons notre
politique du logement à cette réalité en prenant appui sur
des formes de partenariat avec d'autres acteurs la Province de Namur souhaitant
en la matière jouer un rôle fédérateur des initiatives
à naître, s'engageant à les soutenir financièrement
pour peu que les autorités régionales et locales décident
d'y contribuer également. Il semble d'ailleurs que la Région Wallonne
prépare enfin un plan pluriannuel afin d'apporter une réponse intégrée
et humaine à ce qui constitue un phénomène de société
qui n'a sans doute pas livré tous ses secrets.
Dans la région de Somme-Leuze, plusieurs parcs résidentiels accueillent
les citadins en mal dair pur, pour une mise au vert garantie.
Ces zones de loisirs sont également le cadre de vies plutôt démunies
: celles de personnes aux petits revenus qui nont pas les moyens daccéder
à un logement coûteux, et qui ne désirent pas être casées
dans des cages à lapins, en ville. Habitant un logement non conçu
aux yeux de la loi pour être occupé en permanence, ils
sont bien souvent victimes de linsécurité juridique, de lexploitation
et de la marginalisation.
La pancarte annonce la couleur celle des vacances en chalet ou en caravane
résidentielle. On occupe une petite parcelle dont on est en général
propriétaire, cest le temps des barbecues, des promenades en forêt,
parfois aussi de la retraite...
Albert approche tout doucement de la soixantaine. Son cur a du mal à
suivre, hésite. Plusieurs infarctus, un triple pontage en novembre 2000.
Il na rien dun touriste et habite un chalet dans le domaine du Pierreux
depuis près de dix ans. Cétait son idée : sa femme
souffrait du dos et les escaliers la tuaient. Un chalet, cest petit, donc
facile à entretenir, en pleine campagne, et pas cher. La vie suit son cours,
tranquillement, jusquen décembre 1995 : la femme dAlbert meurt
avant lui, contredisant les pronostics des médecins. Une nouvelle vie de
solitude commence. Albert est en sursis. Il tapisse les murs du chalet des souvenirs
de sa femme et des dessins de ses petits-enfants, rêve parfois de retrouver
de la compagnie. Seulement, avec sa maigre pension, ses espoirs sétiolent.
Cet après-midi, il a décidé de plonger dans la tranchée
qui entaille le jardin jusquà lallée du domaine. Il
donne des coups de pioche assurés, le souffle court. Il va devoir payer
plus de 175.000 francs pour linstallation de nouvelles conduites deau
et délectricité dans les allées du domaine, comme chaque
propriétaire dune parcelle. Plus 30.000 pour changer son installation
personnelle, question de conformité. Trop pour lui. Le CPAS lui propose
une guidance budgétaire, 200 francs par jour. "Cest du chantage
! Je ne peux pas accepter ça." Albert ne renonce jamais, il ira voir
son notaire pour un prêt, écrira à la commune, au Roi,...
Aux yeux de la loi, le parc résidentiel de week-end est un " ensemble
de parcelles comprises dans un lotissement destiné à recevoir des
résidences de week-end ". Le fait dy résider en permanence
ne constitue dès lors pas une infraction. Pourtant, lhabitat permanent
est souvent en contradiction avec les législations régionales à
laménagement du territoire et au tourisme, avec pour effet de précariser
davantage les résidents permanents. Ce logement nest pas reconnu
comme tel par les services de la Région wallonne, même si la commune
accorde la domiciliation. Les résidents permanents ne bénéficient
donc daucune des aides ordinaires à la réhabilitation du logement.
Dautre part, ils sont souvent victimes de lexploitation de certains
propriétaires ou de systèmes de répartition des notes délectricité
et deau peu transparents. Aux sommes réclamées sans justification,
aux notes gonflées, aux coupures de courants ou deau totalement illégales
sajoute parfois la location de chalets insalubres...
Face à cette situation de non respect des droits fondamentaux des résidents,
certains dentre eux se sont réunis pour faire entendre leurs voix,
malgré les pressions et les menaces. Une solidarité qui sorganise
aussi au quotidien, pour les achats, les travaux dentretien... Le domaine
devient un village dans le village, avec ce que cela suppose de dérives.
La promiscuité entraîne des difficultés relationnelles. Comment
pourrait-il en être autrement, avec des parcelles qui font au plus 60 m2
?
Souvent désuvrés et mal perçus par les gens des alentours
qui nhésitent pas à les traiter de " baraquis ",
les habitants des domaines ont alors tendance à se marginaliser. Les médias
ne sont dailleurs pas étrangers à ce processus de diabolisation.
Les domaines sont présentés comme des lieux dinsécurité,
des repères de délinquants, de gens à tout le moins étranges
...
Joseph, la cinquantaine et vieux garçon, vit seul dans son monde : une
caravane insalubre au domaine du Mayeur, deux chiens bergers, une collection de
cassettes vidéos, des bons pour quantité darticles inutiles,
des points Coca-Cola, un petit jeu électronique. Entre ses lessives et
ses parties de jeu, il range les réserves de nourriture quil accumule
grâce aux colis "humanitaires" ou fait la sieste. Il perçoit
une maigre pension de handicapé. Conduit sans permis ni assurance et fait
ses courses en début de mois. Jamais il nobtiendra un prêt
pour la maison de ses rêves ; il nest pas exigeant pourtant, seulement
endetté. Il fait semblant dy croire, et a même entrepris de
faire pousser des tomates à lentrée de sa caravane.
Il est 14h, lheure daller réveiller Gilbert et Annie. Ils vivent
à lenvers, un peu plus haut dans une caravane. De très longues
soirées à fumer et à regarder la télé, du Bigdil
à linspecteur Colombo. Ils ne se couchent jamais avant 5h du matin.
Annie va encore râler sur Joseph, il lui chipe son tabac et a oublié
de prendre le colis de nourriture du couple au local de lassociation Saint-Vincent
de Paul à Barvaux. Asthmatique, Gilbert sest remis à fumer
malgré linterdiction du médecin. Il se lève, tousse,
écarte les chiens et ouvre les rideaux. Dehors, il neige.
Le parc résidentiel du Cul de Cheval est voisin du Champ de la Truie et
s'étend le long de la rue du Bois brûlé. Il tire son nom d'un
hêtre commun visible tout à côté, haut de plus de 35
mètres, et dont le tronc est coudé à la base, ressemblant
à l'arrière-train d'un équidé. C'est une métaphore.
Il est situé à mi-chemin entre Vergnies et Froidchapelle, à
quelques kilomètres des barrages de l'Eau d'Heure, en plein milieu champêtre,
entre champs et bois. C'est en Belgique, province de Hainaut, commune de Froidchapelle.
Le terrain, d'une superficie de 19 hectares et 92 ares a été vendu,
à l'origine, à la société CADUV (Compagnie d'Aménagement
de Développement et d'Urbanisation de Vergnies), société
de personnes à responsabilité limitée. Le plan de lotissement
du terrain en parc résidentiel de week-end date du 20 juin 1973 et a été
modifié deux fois. Ces modifications ont porté sur la répartition
des zones de construction et la non-obligation d'exécuter le système
d'évacuation des eaux superficielles.
Quelques années plus tard, la société a été
déclarée en faillite : ses obligations ainsi que la gestion du parc
ont été reprises par les copropriétaires.
Le parc est divisé en deux grandes sections. Sont privatives, les parcelles
numérotées de 1 à 434 et la parcelle destinée au Club
House et à la piscine. Sont communes, les cinq parkings, les voies carrossables
et leurs accotements ainsi que les sentiers pour piétons, les trois blocs
sanitaires, les terrains de sport, de jeux et ceux réservés aux
espaces verts, les plantations internes ainsi que celles bordant le lotissement,
le réseau d'égoutage, de distribution d'eau potable et l'éclairage
public, et enfin les frais d'évacuation des ordures ménagères.
Au Cul du Cheval, les parcelles de 1à 104 sont réservées
à la construction de chalets avec possibilité de bâtir un
garage; les parcelles de 105 à 229 sont réservées à
la pose de chalets mobiles; les parcelles de 230 à 353 sont réservées
à la pose de caravanes ordinaires; les parcelles de 354 à 434 sont
réservées à la pose de caravanes résidentielles.
Le profil des propriétaires était, à la création en
1974, celui de personnes désireuses de profiter au maximum de leur temps
de liberté. Il s'agissait de commerçants, de fonctionnaires, d'ouvriers
et de très peu de retraités. Les parcelles étaient occupées
par des familles, d'une moyenne d'âge de 35 ans avec deux enfants. Les logements
n'étaient utilisés que pendant les vacances, les jours fériés
et les week-ends. Seule la famille du gardien avait l'autorisation de résider
au sein du parc. Actuellement, les 434 parcelles sont propriété
de 371 personnes. Vers 1990, avec les difficultés économiques, la
montée du chômage et les charges de copropriétés, certains
biens ont été vendus ou mis en location. Vu le faible coût
des loyers, est arrivée une population défavorisée composée
de personnes sans emploi ou de familles monoparentales. D'autres propriétaires,
préretraités ou arrivés à l'âge de la retraite
se sont installés à demeure, pour un coût moindre et un milieu
plus sécurisant que leur ville d'origine. Les résidants permanents
au Cul de cheval sont au nombre de 104 familles dont 29 sont locataires, soit
une population totale de 189 personnes. Le nombre de chômeurs est de 39
hommes et 24 femmes (95,75% sont belges et 4,25% sont étrangers UE).
La vie du parc et de ses occupants est régie par les diverses lois sur
la copropriété, par l'acte de base, immuable à défaut
d'accord unanime de l'ensemble des copropriétaires, ainsi que par le règlement
d'ordre intérieur, modifiable selon les majorités prévues
par les lois. Le syndic ainsi que le conseil de gérance sont élus
pour une période de deux ans par l'assemblée générale.
Le syndic est le seul responsable de sa gestion. Le conseil de gérance,
issu des copropriétaires, l'aide dans sa gestion ainsi que dans l'application
des directives de l'assemblée générale. Celle-ci peut toujours
révoquer le syndic. Tout copropriétaire peut demander au juge d'annuler
ou de réformer une décision irrégulière, frauduleuse
ou abusive de l'assemblée générale.
De la vie quotidienne au parc, nous retiendrons, pour ce qui est des moyens de
transport, que la majorité des résidants possèdent leur véhicule
personnel (voiture ou vélo) tandis qu'un arrêt de bus communal, à
l'entrée principale, permet la liaison avec d'autres lignes ainsi qu'avec
la gare. Deux fois par semaine, passage du boulanger, du boucher et d'une marchande
de lait, beurre et ufs. Le marchand de légumes vient une fois par
semaine, le vendeur de produits surgelés une fois par mois. La livraison
de gaz en bouteilles est assurée par deux fournisseurs. Le parc n'est pas
relié à la télédistribution mais, avec un poste multistandard,
on peut recevoir 10 chaînes et plus de deux chaînes cryptées.
L'usage de réception par satellite est de plus en plus fréquent.
Le Club House et la piscine, construits à l'origine, sont totalement dégradés
et devenus inutilisables.
Pierre Mors, 54 ans, domicilié au camping de Martinrive à Aywaille
depuis plus d'un an. Préretraité de la SNCB (chemin de fer belge)
après une carrière de 27 ans en tant que conducteur de train (avec
tous les inconvénients qui s'y rapportent; horaires impossibles, stress
permanent, un mariage raté vu les horaires, etc.). Il jouit actuellement
d'une pré-pension.
Pourquoi ai-je choisi de vivre dans un camping?
Les raisons en sont nombreuses et variées.
Après mon divorce, j'ai vécu à peu près 6 ans en chambre
garnie dans une petite pièce sommairement meublée d'un lit, une
table, une chaise, une garde-robe, une armoire, un évier et un petit gaz
de camping à 2 becs. Pour un prix de 8000 FB (200 Euros). Le tout au 2ème
étage d'un vieil immeuble grisâtre en plein cur de Herstal
(Liège) dans un quartier populaire, pollué et très mal famé.
Pas même un petit coin de jardin où me reposer et me rafraîchir
les jours de canicule, une vraie prison. J'étais oppressé, étouffé
et mal dans ma peau.
Il y a un peu plus de 3 ans, un ami m'a proposé de venir passer quelques
jours de vacances dans sa caravane avec sa famille. Quand j'ai comparé
l'intérieur de sa caravane et de son auvent aménagés avec
goût et le confort dont il disposait à la médiocrité
de ma chambre garnie, je me suis dit que ce serait fini pour moi de vivre dans
cette petite chambre impersonnelle. J'avais besoin de liberté.
Mes moyens étant assez limités, j'ai donc loué une caravane
pour une durée de 1 an au camping de Martinrive. Et j'ai commencé
à vivre. Je pouvais m'adonner à ma passion - la pêche - sans
devoir faire des kilomètres chargé comme un âne de mon matériel
et mon repas. Une fois mes finances rétablies, j'ai acheté ma propre
caravane résidentielle. Je loue ma parcelle. Je suis chez moi avec tout
le confort dont j'ai besoin. J'ai un foyer à mazout. Je tonds ma pelouse,
je m'occupe de mes fleurs, de mes chiens et surtout, je suis au calme loin des
bruits de la ville. Le paradis.
Mes investissements? Ma caravane déjà bien aménagée
m'a coûté 50 000 FB (1250 Euros); quelques rideaux, 4000 FB (100
Euros); un WC chimique, 3000 Fb (75 Euros); soit un total de 57 000 Fb (1400 Euros)
pour un chez moi. Je n'aurais jamais trouvé de maison à ce prix
là et j'aurais dû en plus la meubler, ici ce n'est pas le cas.
Qu'est ce que cette expérience de vie dans le camping m'apporte comme richesses?
Une nouvelle vie, une bonne vie, une vie saine, une santé. Une différence
radicale et bénéfique comparativement à la vie en ville.
Une harmonie avec la nature. Plus de pollution, un air renouvelé par les
arbres des bois qui m'entourent. La fraîcheur d'une rivière, la joie
de la pêche, le plaisir d'une promenade dans les bois ou au bord de l'eau,
le bien-être que procure le calme. J'ai redécouvert ce que le mot
solidarité veut dire car ici, on ne se sent pas tout seul, nous formons
une petite communauté où il fait bon vivre. Nous nous soucions du
bien-être de notre prochain sans pour autant nous mêler de sa vie
privée. Ceux qui ont des voitures vont faire les courses avec ceux qui
n'en ont pas, ils conduisent à l'hôpital ou chez le médecin
ceux qui ne peuvent se déplacer.
Le fait de faire des économies de loyer nous permet d'avoir une vie décente,
nous savons subvenir à nos soins de santé et à nos besoins.
Cela nous permet d'acheter certaines choses, qu'en temps normal nous ne saurions
avoir, si nous avions un gros loyer à payer.
Nous nous sentons aussi plus en sécurité dans notre camping car
il y a moins de vols, de vandalisme et pas d'agressions. Dans le pire des cas,
une banale dispute entre voisins. Nous sommes moins stressés vis-à-vis
de nos enfants, ils ne courent plus dans les rues.
Je voudrais maintenant vous raconter l'histoire de notre vieux Baptiste Maréchal,
il a 71 ans, il vit seul comme un ermite et n'accepte pas facilement une aide
extérieure. Je vais vous expliquer comment les administrations traitent
les résidents âgés de leur commune.
L'année dernière, la commune et le propriétaire du camping
sont venus démolir sous les yeux du pauvre homme sa grande caravane résidentielle
jugée insalubre. Notre Baptiste n'a même pas eu le temps de dépendre
ses ustensiles de cuisine des murs de son auvent. La pelleteuse a tout broyé
sans exception, même son foyer à mazout a été détruit.
Il est vrai que notre homme n'est pas très propre sur lui et qu'il aime
bien boire son petit verre, mais il a quand même sa dignité. La commune
lui a proposé de racheter une toute petite caravane pour la somme de 60
000 FB (1500 Euro) (alors qu'il y en avait de plus grandes et moins chères
à vendre dans le camping) pourvues d'un auvent d'été qui
perce à la moindre pluie (c'est un voisin qui lui a monté car les
responsables se sont contenté de lui poser à terre). Le frigo de
la caravane et le chauffage ne fonctionnent pas et nous avons retrouvé
notre vieil homme en pleurs au milieu de sa parcelle ne sachant que faire de ses
meubles.
Nous l'avons consolé comme nous avons pu mais cela ne remplaçait
pas son logement. En décembre, l'auvent s'est écroulé sous
le poids de la neige. Baptiste se chauffe à l'aide d'un pot de fleurs retourné
sur un bec de gaz de sa cuisinière, impossible pour lui de laver son linge,
il ne saurait où le mettre sécher. Mais malgré tout, c'est
un Baptiste souriant qui nous dit bien bonjour tous les matins et à qui
nous portons un peu de soupe ou un repas chaud de temps en temps pour le réconforter.
En mars de cette année, nous avons retrouvé Baptiste en hypothermie
avec une commotion cérébrale. Après un séjour au CHU
(hôpital) il a été placé au Val d'Or.
Quels sont les problèmes et les difficultés que nous rencontrons?
- Dans le camping, nous ne disposons que de 5 toilettes mixtes pour +/- 150 caravanes,
durant la pleine saison. En hiver, nous n'en avons même pas une seule.
- Pour toute l'année 98, pas une seule douche n'était opérationnelle
pour la seule et unique raison qu'il n'y a pas d'emplacement fermé à
clef afin d'éviter qu'on ne vole les bombones.
- Nous avons 6 points d'eau pour tout le camping. Un de nos amis doit dérouler
120 mètres de tuyau d'arrosage pour remplir ses 2 tonneaux, cela prend
des heures car il n'y a pas de pression. Le propriétaire refuse de nous
laisser nous raccorder à nos frais à l'eau courante, sous prétexte
qu'il serait obligé d'installer dans le camping une station d'épuration
qui lui coûterait 5 000 000 Fb (125 000 Euros). Mais, nous dit-il, "J'ai
plusieurs centaines de mètres de Socarex pour ajouter des points d'eau
supplémentaires, je loue une petite pelleteuse, les campeurs enterrent
le tuyau, rebouchent les trous et l'affaire est faite". Il se moque du monde.
- Il nous est interdit de nous domicilier.
- Nous n'avons aucun éclairage dans les allées.
- Pas de boîte de secours en cas d'accident.
- Le jour où nous avons eu un incendie dans le camp, nous n'avons trouvé
aucun extincteur pour protéger les caravanes voisines. Ils étaient
soi-disant en révision.
- On n'arrive que très rarement à joindre le propriétaire
par téléphone quand il y a un problème grave.
- Le chef de camp est âgé de plus de 70 ans; c'est un brave homme
courageux, mais qui a déjà fait 3 ou 4 infarctus parce qu'il travaille
trop, il n'est pas toujours là, parfois il s'absente pendant une semaine,
et nous sommes alors livrés à nous-mêmes.
- Nous n'avons aucun renseignement sur les droits du propriétaire et ceux
du locataire.
- Ceux qui sont domiciliés doivent payer 2 fois les taxes poubelles, une
fois dans le prix de la parcelle, et une fois à la commune.
- Quand nous nous domicilions au camping, aucune administration ne nous explique
que nous sommes dans l'illégalité ni pourquoi.
Pourquoi les méthodes du propriétaire sont-elles abusives?
- Il nous revend l'électricité à 9 FB (0.22 Euro) du kilowatt
alors que c'est illégal.
- Il nous interdit d'avoir des électro-ménagers, pas d'aspirateur,
pas de friteuse.
- Interdit de mettre sécher son linge dans la parcelle, le propriétaire
dit: "On se croirait en Italie".
- Pas de machine à laver, même pas de miniwash.
Donc, que nous soyons résident ou vacancier, nous ne pouvons pas être
propres??? Qui donc nous fait passer pour des "BARAQUÎS"?
- Les gens du voyage sont acceptés pour de longues durées (plusieurs
mois) dans le camping. Le propriétaire leur permet de se raccorder en permanence
et directement à l'eau, ce qui nous prive de plusieurs points d'eau. Ils
sont aussi autorisés à faire fonctionner leurs machines à
laver automatiques, leurs séchoirs électriques ainsi que d'autres
appareils ménagers. Résultat : perte de puissance du réseau
électrique, détérioration de certaines télévisions.
Nous n'avons rien contre le fait que les gens du voyage viennent s'installer,
mais nous constatons qu'il y a 2 règlements intérieurs: un écrit
pour nous les résidents et vacanciers, un oral pour les gitans.
Si nous avons le malheur de nous plaindre auprès du propriétaire,
nous avons droit à des menaces verbales d'expulsion: "Si vous n'êtes
pas content, je vous mets dehors, et vous irez voir ailleurs pour trouver mieux
qu'ici".
- Quand nous demandons pourquoi les travaux des nouveaux sanitaires et du camping
en lui-même n'avancent pas, il nous répond platement que pour que
les travaux avancent plus vite, il faudrait que les campeurs retroussent leurs
manches et donnent un coup de main.
Quelques pigeons s'y sont laissés prendre. Moi-même, j'ai fourni
+/- 100 heures de travail pour 3 parterres de fleurs dont un de 8 m de diamètre,
j'ai planté pour plus de 45 000 FB (1115 Euros) de fleurs pour en avoir
un banal merci et une augmentation du prix de ma parcelle. D'autres campeurs ont
aidé: 3 WC placés, 5 portes de WC. Mais devant l'ampleur du travail,
ils ont demandé à être payés, ne serait- ce que 150
ou 200 Fb (3.7 ou 5 Euro) par heure, ils n'ont eu que du mépris.
Nos réactions par rapport aux décisions nous concernant, prises
par le gouvernement wallon?
- Il y a de grosses lacunes dans les lois belges et dans les administrations.
Nous sommes mal informés sur nos droits. Je ne comprends pas pourquoi il
est dit que nous sommes en contravention avec certaines législations. Je
paie mon loyer, mon courant, ma télédistribution ainsi que mes autres
charges, mes taxes communales comme tout bon citoyen belge.
Est-ce une infraction que d'aimer être proche de la nature? Ici, au camping,
nous nous entraidons tous mutuellement et nous nous apportons plus les uns aux
autres que certains CPAS (Centres Publics d'Aide Sociale) à une seule personne.
Que veulent encore dire les mots démocratie, liberté, choix de vie
à notre époque? L'obligation de vivre dans des garnis ou des cages
à poules sociales de 20 étages à des prix encore trop élevés
pour nous? L'obligation de louer des maisons qui nous mangent la moitié
de nos revenus et il faut encore se faire ceinture pour les meubler? Devoir se
passer de consulter un médecin ou de s'habiller ou de manger décemment
pour payer un loyer exhorbitant?
Que veulent de nous les autorités politiques? Faire des démunis,
des SDF, parce que vivre en caravane, cela fait "BARAQUÎS". Nous
ne sommes pas des nomades, nous ne squattons pas des terrains privés. Nous
nous battons seulement pour garder notre petit "chez nous".
Nos logements ne sont pas insalubres, mais souvent bien plus coquets et confortables
que certains logements citadins. Nous sommes des citoyens à part entière,
la surface de notre logement n'influe en rien sur nos jugements, nos points de
vues ou notre respectabilité.
Ce que je propose comme solution?
Donner une priorité de relogement aux plus démunis qui n'ont pas
eu d'autre choix. Pour eux, il y a des immeubles abandonnés en proie au
délabrement qui pourraient les loger. Au lieu de vous en prendre aux "squatteurs",
donnez leur plutôt du matériel, de la peinture, de quoi se chauffer
et vous découvrirez peut-être ce qu'ils peuvent faire d'un vieux
bâtiment abandonné. Et ils partageront ensuite avec d'autres ce qu'ils
ont accompli.
Quand à ceux qui ont choisi leur vie, leur domicile parce qu'ils aiment
cela, pourquoi les chasser?
Nous vous demandons simplement une protection juridique, des droits et des recours,
nous les citoyens des campings. Où en sont la législation et les
règlements dans notre cas, donnez-nous quelque chose de concret où
puiser des renseignements car même les avocats ne savent pas répondre
à nos questions.
- Buvons-nous de l'eau potable? Rien ne nous en assure.
- Sommes-nous protégés quant à notre location? Nous n'en
savons rien.
Nous payons notre courant plus cher que la normale, nous savons que c'est illégal.
Nous réclamons à la commune parce que nous payons 2 fois les taxes
poubelles. On nous répond : c'est comme cela, il faut payer et nous payons.
Nous ne vivons que de rumeurs et d'incertitudes, pourquoi cette injustice?
- S'il y a un projet de construction de petites unités d'habitats en bois
aménagées collectivement, dans un environnement vert et respectueux
des solidarités qui se sont créées entre campeurs, nous sommes
partants, nos enfants auront peut-être le bonheur d'en voir l'accomplissement,
pas nous. Bon nombre d'entre-nous sont déjà âgés, ils
n'aspirent qu'à la paix après une longue vie de labeur.
- Des enquêtes sont faites pour connaître l'avis et les désirs
des campeurs, il faut continuer encore et encore. Il faut qu'on nous entende,
tout citoyen a droit à être entendu. Que les personnalités
descendent sur le terrain se faire une idée. Des tas de documents n'ont
jamais remplacé le réalité. Il faut aller voir sur place
et bien peser le pour et le contre en prenant en considération les désirs
des gens. Nous devons former une équipe avec les autorités et étudier
ensemble des solutions. Des personnes qui n'ont jamais vécu notre situation
ne sauraient juger impartialement ce qui est bon pour nous ou pas. Travaillons
main dans la main pour un avenir meilleur. Et de grâce, informez-nous clairement
des projets et des décisions prises nous concernant.