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| SAS | Algérie, 19 mars 62 - lundi 18 mars 2002 |
| De la difficulté d'être algérien. Quarante ans après le cessez le feu, l'Algérien succombe à ses malédictions comme d'autres succombent à leurs blessures de guerre. Et que signifie encore être algérien ? Peut-être rien ou si peu de chose. Être algérien, c'est se dire que demain est un autre jour avant de se rendre compte qu'un général analphabète organise une conférence de presse; être algérien, c'est regarder loin en pensant aller ailleurs avant le prochain discours du Président Bouteflika; c'est pleurer parce que l'on ne se rappelle plus la dernière fois où on a été ivre de bonheur jusqu'à l'aube... Être algérien, c'est éviter les balles dans son sommeil, c'est fuir les gendarmes dans son lit, c'est chercher sa route au fond de sa tombe. Être algérien, c'est aimer en silence en se méfiant des micros cachés sous les arbres de la morale bigote ; c'est vouloir être soi-même sans y arriver, c'est être debout avant de mourir d'ennui dans un nuage de gaz lacrymogène. Être algérien, c'est passer du suicide individuel au suicide collectif en demandant au médecin légiste l'heure exacte à laquelle on a été tué dans le dos; c'est essayer de parler sa propre langue sans qu'aucune police ne s'y oppose; être algérien, c'est vivre caché sans réussir à être heureux. Être algérien, c'est se dire 40 ans après la guerre que c'est toujours la guerre.
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| Véronique Nahoum-Grappe | Paris, dimanche 17 mars 2002 |
| Onze ans de guerre en ex-Yougoslavie, et cest comme si elle navait pas existé : ce qui n'a pas été compris flotte en lair, vieux remugle sanglant planant sur nos têtes, en dehors de toute mémoire collective normale. Nous sommes intérieurement occupés ailleurs, tournés vers nos films denfance, définitivement marqués par les images de la dernière guerre que nous navons pas vécue, et qui prend tout le champ de notre capacité de mémoire. Toutes les guerres atroces contemporaines, tous les conflits, sus ou non sus, sont frappés pour nous (européens, ? français et belges ? ) dinvisibilité partielle : même ce qui se passe en Palestine est déréalisé et hanté par le passé historique premier comme un bing bang doù jaillit et où seffondre toute historicité, la dernière guerre. Au point que les soldats israéliens mettent tous nus dans la rue des palestiniens qui franchissent un barrage. Au point que parfois ils leur marquent un chiffre sur le bras. Au point quun chef de guerre respectable israélien déclare sans mourir immédiatement quil faut sinspirer , dans la guerre contre les camps palestiniens, de ce que les allemands ont fait contre le ghetto de Varsovie
.. On est tous, sous le coup dune sorte de globalisation explosée dans lautre sens, une sorte de trou noir qui aspire en son sein, en amont de toute pensée, toute possibilité de comparaison autre, toute référence, et ce dans toutes les dimensions imaginables du temps politique. Rien de si grave nest actuel, rien narrive, ni au Soudan, ni en Bosnie, ni au Tibet, ni en Algérie, ni en Corée du Nord, ni en Birmanie ni au Ruanda, etc. (le " etc. " est ici la rive dun naufrage bordé de " ronces noires et roses canines "), dont lhorreur ne soit immédiatement effacée par le trou noir de la comparaison obligée. Il faut se défaire de cela, Il faut agrandir les dimensions de lauge du pire. Il faut accueillir lhistoire présente des guerres en train de se faire en fonction dun même étalon de référence, à savoir un coefficient de production politique économique sociale de douleur humaine qui ne se quantifie pas, qui est portée par un seul regard, un os qui traîne, dans une vaste auberge où près du feu, une vieille baba tournant la louche dune immense soupe, marmonnante sous sa barbe, se souvient enfin des lois de lhospitalité des morts.
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| Patrick Quinet | St-Gilles, samedi 16 mars 2002 |
| Du plaisir solitaire décrire (ou Du devoir de dire). Mes culture et nature me rendent disponible à lautre par plusieurs canaux. Lécriture en est un mais pas le plus évident. Il y manque ce je ne sais quoi de lordre du " retour sur recettes " que permettent la complicité directe, le clin dil fortuit ou léchange verbal. Ces correspondances croisées en font un bel exemple. Le paradoxe étant que je corresponds plus avec dautres et par dautres truchements que ne le permettent ces quelques clics et autres " envoyer ". Me manquent surtout lenveloppe, le timbre (éventuellement la file à la poste - mon seul rapport à la monarchie est den acheter limage pour je ne sais plus combien de centimes), ma boîte aux lettres pour les retours. Et lespoir de ceux-ci. Les imprécations que permet le relatif anonymat de louèbe (pour écrire aussi mal que je ne le ferais en franglais), nont pas suscité beaucoup de croisements, de retours, justement. Est-ce la loi du genre ou, malheureusement, que lon ne sait plus, à proprement écrire, où donner de la plume pour linstant ? La liste longue des manquements, petits désordres, grandes défaites et maigres victoires empêchent jusquà léchange, le croisement, le " retour sur recettes ". Passons donc cette main en espérant que des joueurs plus précis permettront des débats moins globaux, conscient que ce qui reste à dire natteindra jamais la somme de ce qui a été dit. Envoi. Soit un Monde en déséquilibre tel que son immobilisme oblige les avions à se poser dans les buildings pour envoyer un message dune telle force que les drapeaux ne servent plus quà sécher les larmes. Comment refuser cela tout en refusant les larmes et les drapeaux ? Et
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| Stéphanie Baron | Genève vendredi 15 mars 2002 |
| Ecouter les nouvelles sur France Inter est vraiment devenu un très bon exercice de self control. Ainsi je nai toujours pas cassé ma radio et ne vous étonnez pas, cest une performance. Tous ceux qui se branchent quotidiennement sur cette fréquence le comprendront. Les faits divers aussi divers quatroces occupent les trois quarts de linfo et cela devient insupportable. On nous relate par le menu les scènes, pour les vivre " comme si on y était ", on nous présente les différents acteurs : âge, profession, situation familiale, connus ou non des services de police, lieu et arme du crime, du couteau à huîtres à la brique. Puis par souci de suivi de linfo, sans (aucun) doute, on nous raconte les obsèques avec linévitable interview du curé. Pas dexplication, pas danalyse juste des faits balancés successivement chaque heure. Il ny a plus déchelle. Tout est violence, rentrerez-vous vivant à la maison ce soir ? Quel drame vous y attend ? Allez-vous croiser une bande de jeunes terrorisante ? Heureusement, il y a la campagne présidentielle riche de candidats pleins didées sur la sécurité. La boucle est bouclée.
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| Paul Hermant | Bruxelles jeudi 14 mars 2002 |
| Chers correspondants croisés, je vous trouve distraits de ces temps-ci. Un peu oublieux, un peu taiseux, un peu lointains. Je vous dis ce qu'est ma vie ce jour-ci. Je vous ai déjà parlé de Harry Mulisch. Il vous plaira sans doute de savoir que j'arrive au bout de ce livre de 1200 pages et quelques, "La Découverte du Ciel". Il faut vous dire que désormais je lis moins et que la lampe de chevet reste allumée bien longtemps après que je me suis endormi sur une page que je n'ai pas cornée. Et d'ailleurs, je suis d'avis qu'on lise Mulisch patiemment.
Ceci n'empêche pas qu'on apprenne au coucher que la République fédérale de Yougoslavie n'existe plus et que l'État de Serbie-Monténégro vient de nous revenir, comme en 14. On en dira quelques mots plus tard, quand on aura fait le tri de ces onze années qui ont fait ça : qu'on change un nom. Ces États qui disparaissent en appellent d'autres, qui viennent et vont. Ainsi, le Ladonia, pays européen inconnu de tous, créé sur le net et pourtant bien planté sur un kilomètre de rochers au large de la Suède. Le chef de l'État virtuel, l'artiste contemporain Lars Vilks, a reçu ces jours-ci 3000 demandes de visas du Pakistan. On ne comprend pas, au Pakistan, qu'un pays européen ne puisse, par exemple, pas exister. Nous ferons, un jour, pour les Pakistanais, le compte des pays d'Europe qui, de toute façon, n'existeront jamais pour eux. Vous pourrez toujours vous pâmer de la naïveté de ces gens, mais vous n'oublierez pas en même temps que la seule "personnalité connue" qui ait accordé son soutien au candidat Alain Madelin est le magicien Gérard Majax. Je vous dis cela parce qu'en toutes choses il faut relativiser et qu'il me reste une bonne centaine de pages à lire.
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| Léon Saur | Soxhluse, mercredi 13 mars 2002 |
| Il est des jours comme cela, des jours de panne sèche où rien ne sort : les yeux dans les yeux d'un écran informatique qui demeure désespérément vide. C'est un comble de constater que l'imagination est sèche comme un coup de trique et que la plume demeure inerte dans son encrier alors que, la veille encore, les doigts couraient allégrement sur le clavier et que les lignes succédaient aux lignes dans un cliquetis de mots bousculés qui s'accumulaient. L'esprit se torture en vain et le logiciel se fatigue d'attendre l'impulsion : à gauche, à droite ; au-dessus, en dessous ; devant, derrière ; avant, après. Le vide est total et le néant absolu. Rien n'y fait, le tonneau sonne creux et l'inspiration ne vient décidément pas. Le temps passe et la solution s'obstine à se dérober. On ne peut pourtant pas dire que l'actualité soit aujourd'hui moins prolixe que d'habitude ou qu'elle charrie moins de ces mauvaises nouvelles réputées susceptibles de stimuler la réflexion s'il est vrai que les bonnes nouvelles sont par ailleurs peu propices à l'écriture dès lors qu'il est bien connu que "les gens heureux n'ont pas d'histoire". Est-il vrai qu'il faut être malheureux pour créér ? N'étant pas un artiste, je ne peux apporter de réponse, fût-elle personnelle, mais je me suis souvent posé cette question : le poète doit-il nécessairement être maudit pour atteindre au sommet de son art ? Je n'en sais fichtre rien, mais j'espère tout de même que cet adage n'est ni vérifié ni vérifiable dans les faits. Bref, ainsi que je le disais, il y a des jours comme cela, où rien ne sort ...
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| Michel Gheude | Bruxelles, mardi 12 mars 2002 |
| Lenfant que jai été se souvient de ce que cétait que daimer les livres dans une famille qui ne roulait pas sur lor. Cest pourquoi peut-être je ferraille un peu ces jours-ci contre le projet dinstaurer en Belgique le prix unique du livre. Fin des années 70, la bataille du prix unique a opposé deux hommes de gauche : Jérôme Lindon des Éditions de Minuit et André Essel de la Fédération Nationale des Achats des Cadres, la FNAC. En ouvrant la FNAC au grand public, Essel voulait faire pression sur les prix pour contribuer à la démocratisation des produits culturels. Lindon pensait quun tel système mettait en danger lédition des livres à petit tirage. Il a proposé de bloquer le projet dEssel par une loi qui interdirait la concurrence sur les prix. Proches du mouvement syndical et coopératif, beaucoup de socialistes étaient contre. Plus proches des milieux littéraires, dautres, dont Jack Lang, étaient pour. Mitterrand a arbitré en faveur de Lang. Essel a du quitter la FNAC qui a oublié son passé coopératif pour devenir une chaîne de grandes surfaces commerciales. La gauche lettrée na jamais aimé le commerce. Aristocratique, elle aime les privilèges, les bourses, les prix, les récompenses, les honneurs. Elle est anti-capitaliste parce que le marché a toujours été trop démocratique pour elle.
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| Véronique Nahoum-Grappe | Paris, lundi 11 mars 2002 |
| Lidée de vengeance, le mot même de vengeance fait comme un bruit, comme un grand ébranlement , une vague de dix mètres qui sécroule dans le fracas absolu dun vieux rire figé dans le froid : la vengeance, quel grand pied, quelle haute main, quelle musique retroussée au galop à moi, Comte, deux mots, sans blague. Je sais que le rêve de vengeance relève dune culture macho navrante dune part, et que, dautre part, son projet ne témoigne pas dune intense spiritualité. Enfin, et là est toute la question, contre qui et quoi se venger ? Derrière lennemi, en lui il y a le monde entier, tout un système, mille systèmes, des plateaux en strates. En plus, quelle fut loffense ? Des milliards doffenses pendant des millénaires doppression, de domination, de victoire absolue des pires crapules. La vengeance sans ennemi en face, retournée vers larrière et sans souvenir précis de gestes à venger se transforme en vieille rumeur grondante, en bouses de cailloux mâchés. Regardons autour de nous, tout autour, ils sont là, les mâcheurs de cailloux.
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| Patrick Quinet | Saint-Gilles, dimanche 10 mars 2002 |
| Il est chauve. Il shabille comme un représentant de chez Esders. Il constate que son pays est plein. Il crée un parti. Il se présente aux élections, municipales dabord, législatives en mai. Et il gagne des voix donc des représentations. La démocratie : mode demploi. Faut-il shabiller différemment ? Il plaque ses cheveux en arrière. Il contrôle son image et celles quil laisse voir. Il a créé un parti. Il a raflé des sièges. Il sest coalisé avec plus torves que lui; quoique ! Il occupe plusieurs emplois. La renaissance : mode demploi. Faut-il se coiffer différemment ? Elle est condamnée à mort. Elle a eu un enfant en dehors des liens du mariage. La sentence attend exécution. Toutes les boîtes à message de la Toile ont évoqué son nom. Ma boîte déborde de protestations. La dernière en date vient du Secrétariat général du Conseil de lEurope. La solidarité : mode demploi. Faut-il se marier avant de faire un enfant ? Il a dirigé la CIA. Il est resté marqué par cette occupation. Ses valeurs et ses nerfs sont à vifs depuis quune Europe timide, franco-allemande, se pose des questions sur laxe du mal, le sourire des Afghanes et les lois de lescalade. Il écrit dans le journal sous le titre "Le train sifflera trois fois" une histoire de sherif et détoile dans la poussière. Oui, oui ! Le western. Il nous dit comment élever nos enfants en Europe. Léducation : mode demploi. Faut-il emmener nos enfants au cinéma ? Si vous navez jamais dirigé la CIA, ne plaquez pas vos cheveux en arrière, nêtes pas condamné à mort et vous habillant normalement, devenez "correspondant croisé" et cherchez mode demploi, démocratie, renaissance, solidarité et éducation. Faire offre au bureau virtuel.
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| Stéphanie Baron | Genève, samedi 9 mars 2002 |
| À tous ceux qui craignent la mondialisation, le déversement des références occidentales sur lensemble de la planète Terre, luniformisation des cultures par limplantation dans tous les coins du globe de H &M, des Pizza Hut, du grand M jaune
À tous ceux qui saluent la persévérance de cet agriculteur populaire, moustachu volontaire et pugnace, producteur de Roquefort de son état, voici une nouvelle dont le seul intérêt est sans aucun doute de renforcer vos convictions. Avant tout, noubliez pas que le pire nest jamais décevant ! Qui ne se souvient pas de Barbie, cette poupée blonde aux formes parfaites tantôt femme-enfant, femme au foyer, femme active, bref, une femme intelligente qui sadapte autant à son temps quà la situation. Le beau Ken brun ténébreux et travailleur installé moyennement dans la vie ne peut résister ; il lembarque dans son 4x4 et, à la sueur de son front, lui offre tout. Tout cela dégouline de bons sentiments et remplit les chambres denfants de tout lOccident. Le rêve ! Jusquici au nom de je ne sais quelle injustice une partie du monde était préservée de ces objets raffinés. Alors réjouissons-nous de larrivée dans les vitrines de marchands de jouets de Téhéran des versions "islamiquement correctes" de Barbie et Ken. Elle sappelle Sara et lui répond au doux nom de Dara, ils sont vêtus de costumes traditionnels iraniens et surtout, ils ne peuvent être déshabillés. Cest peut-être ça, la mondialisation à léchelle humaine ?
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| Paul Hermant | Bruxelles, vendredi 8 mars 2002 |
| Donc au catalogue des mots qui fuient leur sens, il faudra ajouter le "populiste" néerlandais Pim Fortuyn. Être populiste aujourd'hui, c'est n'avoir pas peur d'avoir été traité hier de raciste. Ou de fasciste.
On pensait, un moment, à un arc transalpin avec l'Autriche, l'Italie, la Suisse et cette partie allemande munichoise, pardon bavaroise, qui enverra bientôt un candidat à la Chancellerie. Il faut bien avouer que le Nord européen est en train d'ajouter de la couleur (blonde?) au tableau. Vous qui cherchiez hier un patronyme pour la monnaie unique européenne, ce serait à refaire, je proposerais le "populo", qui est une valeur en hausse. Dans deux jours, nous défilerons ici pour le droit de vote aux étrangers non-européens aux élections locales. Peut-on être à ce point rétro, je vous le demande ?
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| Léon Saur | Soxhluse, jeudi 7 mars 2002 |
| Lépidémie sétend. Après la Flandre et lAutriche, après lItalie et le Danemark, cest le tour des Pays-Bas. On ne dira rien ici de la France où le Front national a eu la bonne idée dimploser et détaler les votes dextrême droite qui ont ainsi perdu leur force de percussion sans que les problèmes qui les ont engendrés aient pour autant été résolus. Trente-quatre pour cent des voix dans la ville de Rotterdam pour un inconnu qui proclame que " le pays est plein ". Les observateurs sont daccord : une confirmation de cette percée populiste lors des élections législatives du 15 mai déstabiliserait le ronron néerlandais, au point que certains envisagent déjà un véritable séisme dans le paysage politique batave.
Le problème est bien là : la classe politique ronronne sur fond de mécontentement croissant et de sentiment dinsécurisation générale, dans la vie socioprofessionnelle plus encore que dans la rue. Chacun le sait, mais nul nen tire les conclusions qui simposent. Des libéraux dits sociaux aux socialistes gagnés aux vertus du marché en passant par les verts participationnistes, les électeurs nont plus le choix entre des projets de société clairement identifiés : la bataille électorale se joue au centre et tout en nuance, sur fond de néolibéralisme dans une société de libre marché du tous contre tous. La compétition et largent y sont érigés en valeurs suprêmes et il nya plus grand monde au sein des partis de larc démocratique pour contester véritablement cette société de violence protéiforme. Di Rupo se gausse de la droite honteuse, mais à quoi sert-il que la gauche soit au pouvoir si elle mène une politique de droite ? On ne le dira jamais assez. Cest labsence dune véritable alternative de gauche qui fait le succès du populisme et de lantipolitisme emballés dans un hommage aux valeurs familiales et à lordre moral. Je suis sur ce point en parfait accord avec Paul, nous avons plus que jamais besoin du politique. | |