| Cest en janvier 1991 que je reçus un fax laconique en provenance du CNP (Centre National de la Photographie), signé par Robert Delpire : " Merci de me faire parvenir 55 tirages encadrés de dimensions 50/60 cm et 15 tirages de 1m sur 1.25m. en vue de lexposition prévue juin 1991 au Palais de Tokyo, musée de la Ville de Paris ". Les références des tirages choisis étaient indiquées
Dabord, lincompréhension : une expo Norbert prévue à Paris ? À lui tout seul ? Un rapide calcul ensuite : si jétais amené à fournir ces tirages, dans les dimensions demandées, dans une qualité expo, le budget avoisinerait les 800.000 FB
Il fallait donc demander des explications à Robert Delpire et voir ce qui était envisageable
Jétais évidement incapable dinvestir une telle somme
Après un échange téléphonique, jappris donc : quune importante exposition, rétrospective sur la photographie belge, était prévue juin 1991 au Palais de Tokyo ; que mon grand-père se taillait la part du lion en occupant à lui seul la plus grande salle du musée ; que lautre photographe belge bien représenté était Léonard Misonne ; que tous les autres photographes présents exposeraient chacun une seule image ; que, cerise sur le gâteau, la sortie du Photo-Poche consacré à Norbert sortirait officiellement le soir du vernissage ; que si je nétais pas prêt à financer moi-même lexposition pour des raisons bassement matérielles, et bien il suffisait que jamène les négatifs choisis à Paris et un laboratoire parisien effectuerait les tirages ; que, dans ce cas, les tirages exposés ne mappartiendraient pas, mais resteraient la propriété du Centre National de la Photographie. Et bien sûr, que je récupérais les plaques, une fois les tirages effectués.
Me voilà donc reparti à Paris, mes 70 plaques en verre sous le bras pour les confier à Mr. Delpire.. Et puis lattente, avec toujours un léger sentiment dinquiétude au cur
Et si cela naboutissait pas ? Est-ce que Norbert méritait bien tout ce qui se tramait ?
La réponse par une invitation reçue fin mai1991 : "Jack Lang, ministre de la Culture et de la Communication, vous invite au vernissage de lexposition NORBERT GHISOLAND ".
Le soir du vernissage, lorsque je débarquai à Paris, dans la cadre majestueux du Palais de Tokyo, que je vis les affiches extérieures sur les trottoirs du palais, avec une photo géante dune petite communiante framerisoise, avec le nom en grand de NORBERT GHISOLAND, que je vis dans la salle qui lui était consacrée, les 70 tirages superbes et émouvants de ces borains fiers et tendres à la fois
émotion, émotion, quand tu nous tiens
Et avant le vernissage officiel, avant la présentation du Photo-Poche, lentrevue avec Robert Delpire, mes remerciements pour tout ce quil avait fait pour mon grand-père, mais aussi mon étonnement pour cette consécration et pour limportance quil avait donnée à Norbert
Pourquoi lui ? Et sa réponse que je savoure encore aujourdhui : " Vous savez, dans Photo-Poche, nous voulons illustrer chaque aspect de la photographie, et pour chaque aspect, nous essayons de montrer le meilleur
et votre grand-père, dans son domaine qui est la photographie de studio, et bien nous trouvons que cest le meilleur
"
Et cette autre confession : "Lorsque nous sortons un Photo-Poche, nous sommes aidés par des sponsors, qui doivent être consultés avant la sélection des auteurs pour obtenir leur feu vert ; parfois, il faut se battre pour imposer notre choix
Pour votre grand-père, cest certainement celui avec lequel nous avons eu le moins de mal
Laccord des sponsors coula de source
"
Et puis, le ravissement de me couler parmi les spectateurs parisiens, un soir de vernissage, et dentendre leurs réflexions, de voir leurs sourires
mi amusés, mi émus devant ces photos dun autre temps
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