| Roumanie,
pays complice. |
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Rester dans l'ombre. Se fondre dans une autre réalité. Ne plus se perdre en se dispersant mais se trouver au rythme d'un pas lent. Chercher une vérité qui n'existe peut être pas. Parcourir des distances pour s'approcher des gens. Aller à l'essentiel, retrouver du sens au mot valeur. Connaître sans se méprendre, s'intéresser tout en s'oubliant. Capter, fixer, figer, rendre inerte ce qui est mouvement. Conserver la mémoire d'un pays, préserver la beauté de ces gens. Aimer en faire partie, faire corps, s'identifier. Je pensais à tout cela lorsqu'un ami roumain me demanda ce qui définissait ma démarche photographique. Je n'avais pas trouvé les mots pour la lui expliquer. Le détail fugace, l'anecdotique qui tient lieu d'essentiel et qui nous échappe… Photographier, c'est un peu comme exprimer une pensée par l'image dont on prend conscience après, c'est glaner des "Idées" sur le terreau de la vie qui se laissent imprimer par l'œil ! |
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A chaque fois, l'anecdote, l'insolite viennent brouiller des pistes inopportunément établies. J'ai toujours de "bonnes" raisons de parcourir ce formidable pays. Je m'y suis rendu comme journaliste, photographe, responsable de projets de formation, administrateur d'association, organisateur de circuit touristique… A chaque fois, je préfère lâcher du lest. Car une fois là-bas, les priorités changent. Seuls comptent en définitive des moments de fraternité et des liens d'amitié uniques et forts! |
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Deux groupes d’individus peu à peu nous submergent. Des
amis de la famille du marié se font forts d’entraîner
d’autres dans ce qui s’apparente à une manifestation
à la gloire des élus du jour, de leurs familles et de leur
future progéniture. Des bouteilles de palinka se passent de main
en main et se vident prestement au goulot. Je me sens habité d’une
frénésie similaire. Certes je suis saoul mais mon esprit
est clair, vif, je ressens une forme certaine de plénitude. |
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Juillet 2001 est éclatant de soleil et je « processionne » vers le Monastère de Dragomiresti, village de la vallée de l’Iza en Maramures. Ainsi fais-je corps avec plusieurs centaines de villageois qui convergent vers ce lieu de recueillements et de prières. Je rattrape, en forçant le pas, l’avant du cortège
afin d’être en haut de la colline pour bénéficier
d’une vue d’ensemble sur « l’événement
» et prendre quelques prises de vues. Au sein d’une population majoritairement vieillissante et dévote –la majorité des jeunes ont fui en Europe occidentale - un paradoxe, une vision cocasse et coquine effleure: des demoiselles, tout en portant (plus pour longtemps)) des vêtements traditionnels (chemisiers brodés, jupes longues et foulards aux tissus couverts de motifs comme il sied en Maramures), sont dressées sur des escarpins comme si l’heure se prêtait à séduire et danser… Derrière l’église, une vieille s’agenouille
et prie à l’ombre des péchés |
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En 1992, j'y étais venu avec mon groupe de rock pour un concert de soutien à Allianca civica, association culturelle mais également …parti monarchiste! Dix ans après le changement de régime, j'y fais une nouvelle
halte en provenance de la Hongrie toute proche. La pluie tombe en hallebarde,
la route est transformée en piscine et la ville m'apparaît
tel un no mans land de pierres et de boues. Le progrès est en marche
et un nouveau plan de systématisation voit le jour ici comme dans
d'autres grandes villes du pays: celui des Mc Donalds ! |
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A l'époque, j'avais réalisé pour l'hebdomadaire La Cité un reportage sur cette situation. J'avais été frappé par la quantité impressionnante de drapeaux aux couleurs de la Roumanie. Comme si besoin s'imposait de rappeler où nous nous trouvions ? Eté 1999, je retrouve cette ville sans plus ressentir de tension mais au souvenir encore bien présent à l'esprit. Le soleil souverain semble avoir réconcilié tout un chacun avec son passé. Les derniers témoins d'une époque font place à une génération tournée vers l'occident pendant que je traque la poésie au quotidien. |
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C’est d’un pas alerte et depuis Garda de Sus que j’entrepris d’atteindre les célèbres grottes de Scarisoara. Après deux bonnes heures d’ascension au "pays des Moti", j’arrivai au village du « Ghetar », petit hameau d’une dizaine de maisons éparses, dressées à flanc de collines. Assis sur une pierre, je soufflais quelque peu. Les occupants de l’habitation la plus proche, attirés par ma présence se présentèrent à moi en m’offrant force lait et fromage de chèvre. La femme, petite, charnue, au teint buriné, les yeux pétillants un brin malicieux, le regard vif, me montra fièrement les cahiers et manuels de français d’un de ses fils ! Et nous nous plurent ainsi à passer de formidables minutes, à échanger quelques mots sur nos destinées respectives et à sympathiser jovialement. Je n’avais guère qu’une boîte de biscuits et quelques menues friandises à leurs offrir. Mais à cela, ils ne prêtèrent guère d’intérêt ! Seul semblait compter pour eux, ce moment privilégié partagé ! Et ainsi je repartis, ragaillardi, vers les hauteurs. Une demi-heure me séparait encore des grottes glaciaires. |
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Timidement, je commence à photographier, le reflet de sa silhouette dans la vitre, le reflet de son visage…son visage… ses mains. Mon travail s'interrompt par le passage intempestif d'enfants qui rentrent dans le compartiment pour mendier. L'un d'entre eux se fait véhément, me supplie, s'agenouille, se prosterne. Je lui tends quelques pièces qu'il …refuse pour s'encourir aussitôt. Au dehors, un paysage de voies ferrées se multiplie, nous entrons en gare de Bucarest et je retrouve peu à peu mes esprits. |
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Arrivé dans la ville natale de Vlad Tepes où domine une citadelle médiévale et ses venelles environnantes, je déambule, longeant les remparts pendant des heures… Déjà quatre journées sur place et toujours pas le moindre cliché ! Je cherche en vain quelque chose qui accroche mon regard… Et enfin je m'y suis mis. J'avais déjà senti un pas plus affirmé ce matin dans mes déambulations. Le vieux cimetière romantique qui surplombe les vieux quartiers semble m'avoir inspiré … j'y ai pris des photos de façon intempestive … sans doute aussi pour compenser mon manque de "productivité" des jours précédents. J'ai laissé porter mon inspiration par l'atmosphère et le calme immuable de l'endroit à fait le reste. J'ai cru croiser des ombres humaines, entendre des voix mais je n'ai vu personne ! J'étais bien seul. Ce soir, je suis retourné à la Pizzeria et demain je prends le train pour Brasov. |
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Aujourd’hui je ne peux que confirmer sottement. Il serait proprement inconcevable de se rendre dans la vallée de l'Iza (Maramures) sans pousser une pointe jusqu'au bord du Vaser pour rejoindre Viseu, et embarquer sur un « bringuebalant » train forestier ! Depuis Viseu, des locomotives quasi centenaires poursuivent leurs exercices d'escalades et de descentes des montagnes frontalières à l'Ukraine; en hissant des familles entières de villageois, habitants des hameaux isolés; en ramenant, des troncs d'arbres abattus pour la bonne cause de l'exploitation forestière. J’ai pris ce tortillard et vécu intensément chaque instant d'un périple vallonné inoubliable. Un voyage dans la lumière au parfum de cendre et de fumée. La photo ci-dessus fut prise en juillet 2001 peu avant l'arrivée du train. Il s'agit de l'unique photo d'un reportage "manqué", l'obturateur de mon minox ayant cassé ! |
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Elle est née dans ce village de Sapinta. Elle n'a jamais quitté sa région. Au delà de Sighet Marmatie (une dizaine de kilomètres), elle ne s'est jamais rendue. Elle travaille encore et toujours la terre à soixante-dix-huit ans… Elle rêve de pouvoir un jour voyager et visiter d'autres pays. Emmenez-moi avec toi me répéte-t-elle plusieurs fois lors de ma visite. Son époux a rejoint les anges voilà plus d'une décennie et repose en paix dans ce cimetière "joyeux" qui est devenu une attraction mondiale tant il est originale. Chaque tombe y est surmontée d'un panneau de bois prolongé
par une croix. Chacun de ces panneaux est illustré d'une représentation
du défunt dans une situation qui lui était propre et agrémenté
d'un texte qui lui est dédié, où se mêle
dérision, anecdote humoristique sur sa vie, rendant à
chacun d'entre eux une dignité unique. L'ensemble est peint dans
des couleurs où le bleu prédomine, le bleu du ciel éternel…que
je photographie en noir et blanc. |
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